CHAPITRE QUATRIÈME 'ibl
deTenir ifraiment... Le mieux pour lui, dit-il, serait de pouvoir déployer une grande activité intelleciuelle dans une vie d'étude et de solitude.. . » ^
Tel était, après une jeunesse prématurément usée, qui le coodamnait à n'éprouver plus de sentiment sioGère/le jeune bomme à la taille élevée et élégante, aux longs cheveux d*un blond roux et aux traits fins cpui respiraient encore comme une sorte d'ingénuité et ne trahissaient rien de la subtile corruption du dedans ; mi talent, mais pas un caractère^ que l'impitoyable Mallet du Pan nommait (c le plus pervers des hommes avant trente ans », ' sur lequel Joseph de Maistre prononçait, dès ce temps-là, un jugement écrasant ', et que M™* de Staël qualifiait presque avec autant de justesse oc le plus grand des hommes distingués ». * Sainte-Beuve, dont la finesse psychologique s'appuyait dans ce cas sur des traditions vivantes et des témoins oculaires, rapporte que d'abord elle l'aima peu. k De tout temps », dit-il, « leurs esprits s'étaient convenus bien mieux que leurs coeurs ; c'est par là qu'ils se reprenaient toujours». *
^ • L. F. Huber^âBMi;ré»co»7p/^/«,publiée3 par Ha femme, I, 136 et sqq.
* Mullet du Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne^ II, 307.
' Albert Blanc» Mémoires politiques et Correspondance diplomatique du comte Joseph de Maistre. 2ï, Y comparer le Journal miime de Benjamin Constant, Revue internati$nale, 45 février 1887, 488.
* M™« de Slaêl, Delphine, portrait de Henri de Lebenaei (Benjamin Constant), et Dix années d'exil, CEuvres, XV, 4.
* Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, XI, 439-440
Ces deux êtres paraissaient si complèteraent desti nés à se compléter l'un Tautre, qu'ils restèrent indissolublement liés alors même que la femme dut acheter la jouissance de ce commerce intellectuel au prix de tortures intimes. A l'époque de leur counaissance, M"^« de Staël l'emportait sur Benjamin Constant en expérience politique, car elle avait agi, pendant que lui n'avait été que simple spectateur. Elle trouva en revanche chez lui le don de l'expression écrite et parlée, qu'il devait élever à une haute perfection ; une acuité d'observation qui se raillait elle-même, qui se rendait compte de tous les courants d*esprit, même les plus contradictoires, les plus étrangers au sien, reflétant les idées régnantes comme dans un miroir, mais assez indépendant et assez fort pour faire valoir les siennes. A cela s'ajoutaient des élans de passion, « et comme des poussées d'enthousiasme» , qui le trompaient, lui et les autres, sur la nature de ses sentiments, préoccupés non d'amour et de dévouement, mais d'émotions nouvelles et des satisfactions de Tambition.
Des aspirations de ce genre, M"' de Staël plus qu'aucune autre* femme pouvait les satisfaire. C'est elle qui fit se décider pour la France et introduisit dansla vie publique le jeune homme placé entre trois pays et trois langues et encore incertain de lui-même, de son avenir, de son but. Initiatrice etcoopératricede la théorie politique à laquelle reste attaché le nom de Benjamin Constant, elle le précéda dans la carrière et lui ouvrit la voie.
A la fin de 1794 elle publia ses Réflexion sur la