‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 13 sur 280 · CHAPITRE PREMIER 2 b · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 2 b

S* avouait-il de plus en plus que celui-ci ne pouvait plus être rhomme de sa confiance.

Provisoirement il le laissa à son poste, mais il recouruty pour ses communications avec la cour de France comme pour ses informations personnelles, à des correspondants secrets. Dès la fin de 1789 ce n'était plus le baron de Staël, mais le comte de Persan, qui représentait réellement à Paris Gustave III.

Fcrsen, en sa double qualité d' officier suédois et français, partageait son temps entre les deux pays ; quand il revenait de Suède, il présentait à Louis XVI des lettres de son souverain. Vers la fin de 1788, Gustave le renvoya en France en le chargeant d'observer les événements et de l'instruire, tantôt de Paris, tantôt de Valenciennes, où le régiment Royal- Suédois était en garnison. A la veille de la fuite de Varennes, Fersen brûla ses notes de cette époque ; mais on a des lettres de lui qui font connaître sa manière de voir. Le 3 septembre 1789 il écrivait à son père que tout ordre était détruit, l'autorité royale anéantie; l'Assemblée nationale, ajoutait-il, tremblait devant Paris, mais Paris tremblait devant quarante à cinquante mille bandits.

Pour lui, Necker, au début de la Révolution, était de ceux qui, au milieu de coquins, essayait de rester honnête, et se laissait mener gauchement par eux, au lieu de gagner au roi des voix et un parti. Mais il n'en est pas demeuré là : il a voulu gouverner par le peuple, et de .cette façon a entraîné à leur ruine le roi et l'Etat. Louis XVI, lui aussi, ayant constaté qu'il ne pouvait gouverner sans le ministre, a commis la

faute de ne pas gouverner par lui. D'autre part» Fersen partageait l'antipathie de tant d'autres, de Mercy, par exemple, contre cette Angleterre qu'il voyait méditant la ruine de la France, et lui aussi croyait aux « arguments de l'or britannique » . * Dès juillet 1789, avant que Fersen eût été chargé d'une mission proprement dite, son ancien ami de Staël, qui sentait sa situation ébranlée, écrivait à Gustave III qu'il ne doutait pas du désir de Marie-Antoinette de le voir remplacer par Fersen ; cependant, ajoutait-il, « je suis sans inquiétude, car Votre Majesté n'est pas susceptible d'injustice; son jugement est indépendant, et son jugement me sera favorable, puisque je l'ai fidèlement servie. La promesse qu'elle a daigné me faire n'est point ce qui me rassure ; je la déposerais à ses pieds, si mon zèle ne lui était plus agréable ; mais J'ai le bonheur d'être rassuré à cet égard par le témoignage honorable que Votre Majesté a daigné me donner ». M"' de Staël, qui ne devait pas moins se sentir atteinte que son mari par le reproche de faire de la politique arbitraire, écrivit dans le même sens à Gustave IH, qu'elle assurait de son dévouement. *

Pour le moment, le roi répondit évasivement ; mais vers la fin de 1789 il chargea son ami et confiaent, le baron de Taube, d'entrer en correspondance

- ^ Klinckowstrom, Le comte de Fersen et la cour de France. iDtroductioQ, 44. Fersen à son père, 3 sept. 1789etl«>' fév. 1790. — * Aroeth, Marie-Antoinette, Joseph II et Léopold /f, 148 et 453.

^ Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 107. n' 118. — Geffroy, Gustave lll et la cour de France, II, appendice.

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