‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 122 sur 280 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

heureuse patrie, et de former encore des yoeax, quand pom* vous il n'«st plus que des regrets ».

Cet écrit fut suivi un an plus tard des Réflexions sur la paix intérieure, qui se meuvent dans le même cercle d'idées, mads sont empreintes d'une plus gi^aade force d'argumentation et prennent parti, plus nettetnent encore, pour la forme républicaine ^ La a.onarcbie y est placée en faœ de l'aUemative d'ouvrir avec les défenseurs de la Vendée et les émigrés une ère de vengeamce et de représailles, ou de se détacher de leur parti et de donner des gages à la cause libérale. Mais ce dernier choix est aussi impossible que la politique de représailles^ qui ramènerait la Terreur. Puisqu'un roi comme Louis XVI est devenu parjure, on ne peut plus compter sur une promesse royale.

D'ailleurs, il est impossible de relever le trône sans la hiérarchie sociale, qu'exclut l'idée révolutionnaire d'égalité. « La république s'ofTre d'elle-même aux Français, le chemin qui mène à la monarchie modérée passe par le despotisme militaire »,* écrit M'"'de Staël avec une clairvoyance qui, plus taid, parut vraiment prophétique. Après la mort de la reine, Morris avait exprimé la même conviction. « Oh I César viendra, n'en doutez pas », * écrivait dès 1791 Catherinell à firimm. Kt, le 2 juin 1793, jour de la chute des Girondins, Lanjuinais nvait prononcé ces paroles

» M"e de Staôl, Œuvres complètes, H, 70, 87-88. « M'ne de Staël, Œuvres complètes, II. 97-172. 3 M"»« de Staël, Œuvres complètes, II, H3. * Jared Sparks, Gouverneur Morris, II, 370.

vraiment prophétiques : « Je vois l'horrible monsire de la dictature s'avancer sous des monceaux de ruines et de cadavres, vous engloutir successivement les uns les autres et renverser la République ».

De ces considérations générales M""" de Staël passe aux idées pratiques. En examinant, dit-elle, le point de vue des partis en 1789, on trouve que les constitutionnels sont le plus v(ûsins de la forme républicaine, car ils n'ont à retrancher de leur programme que la personne du monarque, pour mettre ce programme en accord avec les* vœux du présent. En vertu des mêmes principes qui lesontfait devancer leur époque et créer la Constitution de 1791, ils sont Aaintenant appelés à être les défenseurs de la Constitution de 1795. Nul système goirvernemental, en effet, n'étant absolument le meilleur ou immuable de sa nature, celte Cqnstitution aussi peut subir des m.odifications dans le sens de la Constitution américaine. La noblesse royaliste dans son immense majorité — ainsi conclut Tauieur — a pris les armes contre la patrie et lui est devenue étrangère. Ce sont les couches tout à fait inférieures de la population, les prolétaires, qui ont rendu possible le terrorisme de Robespierre. * La future République aura à distinguer entre les droits civils qui appartiennent à tous, et les droits politiques, liés à la propriété. Une idée qu'elle n'exprime pas^ mais qu'elle laisse déjà nettement entrevoir, c'est celle de la domination de la classe . moyenne, ayant à sa tête une aristocratie d'intelli-

* Mortimer-Tcrnaux, Histoire de la Terreur , VIÎ, 405.

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