CHAPITRE QUATRIÈME
geoce et de talent. L'ancienne . admiration pour la Constitution anglaise, qui reparaîtra pour inspirer la théorie perfectionnée et mûrie de ses derniers écrits politiques, est remplacée dans celui-ci par la sympathie pour les institutions démocratiques. Son regard ne se porte plus vers les salles de Westminster, d'où est sortie en 1688 la conception moderne de la vie publique ; elle cherche plutôt dans le jeune Etat qui s'est formé par delà l'Océan les moyens plus simples d'aboutir à des résultats analogues. Ces idées se trouvent également exposées dans une lettre d'elle à Rœderer en date du 9 juin 1795 * et s'accordent avec celles que son père consignait presque au même moment dans son livre De la Révolution française^ et qu'on retrouve égalementdans ses derniers écrits. * Notons cependant une diCTérence essentielle. Toutes les sympathies personnelles du ministre de Louis XVI demeurent réservées à la monarchie modérée. Ce n'est que parce qu'il la croit incompatible avec l'état de choses créé par la Révolution, et qu'il tient en particulier pour impossible la restauration des Bourbons, qu'il recommande la République ; mais il doute qu'elle parvienne à résoudre le problème de l'accord entre la liberté et l'égalité. Sa fille ne connaît pas ces doutes ; son choix est fait : elle opte pour la République.
Entre ces deux écrits se place le retour de M"' de Staël à Paris. Us avaient été composés en vue de re-
» Rœderer, Œuvres, VI, 646.
* Necker, Dernières vues de politique et de financey 1802. Œuvres, IX, X, Xi.
mettre leur aateur^D contact avec ropinion piibli- ([ue. « En vérité » , écrivait- «lie t Mefeter, « il n'y ft plus que la nature des choses à craindre, l'inteatlou des goTEvernaQts est bonne ». ^ En mai 1795 elle regagna la capitate, peu de temps après la reprise des relations diplomatiques entre la France et k Suède, qui était de nouveau le premier des Etats eisropéens à se rapprocher de la République. Dès le mois de décembre, l'ambassadeur d'Angleterre à Stockholm avait fait savoir à son collègue de Gopaibague qu€ le baron de Staël se rendait à titre ofâciei à Paris. ^ La nouvelle était prématurée. Au mois de mars précédent Staël avait conclu à Copenhagae, entre la Suède et le Danemark, un traité de neutralité année, auquel les gentilshommes suédois aiuisde la Russie répondirent, sous la conduite du baron d'Àrmfeldt, par une conjuration dont le but était de renverser le régent et son ministre Reuterholm. Catherine H devait l'appuyer en amenant sa flotte devant Stockholm, quand tout à coup lé complot fat découvert. Armfeldt prit la fuite. « Votre impératrice nous a bien tourmentés » , écrivit ftî"'* de Staël à Meister. « On dit qu'elle sait jusqu'à mon «xietence. Je voudrais bien ignorer la sienne »•
Dans l'automne de 1794, le baron de Staël alla rejoindre sa famille à Coppet. Au commencement de
* M«® de Staël à Meister, Lausanne, 12 mars (1795). Lettres inédites en la possession de M. le docteur Th. Reinhart.
2 Lord Auckland, Journal and correspondence Lord Henry Spencer à lord Auckland, 23 décembre 1794.