CHAPITRE QUATRIÈME
gâtes et à réclamer de l'Angleterre le respect de sa neutralité et les vaisseaux suédois retenus dans les ports anglais. En cas de refus, elle s'emparerait des vaisseaux anglais naviguant dans leSund, aussi longtemps qu'on n'aurait pas fait droit à ses réclamations. * 11 s'agissait d'attendre la décision que prendrait le gouvernement suédois.
Dans l'intervalle Rœderer salua dans le Journal deParis^ au commencement de juin, la présence dans la capitale du baron de Staël et de son épouse comme un gage de bons rapports entre les deux pays. La présence de la fille de Necker paraissant, ajouta-t-il, éveiller la défiance de bon nombre de personnes, il a lu avec beaucoup d'attention, et spécialement à ce point de vue, les deux derniers écrits de M""* de Staël, en se demandant si elle désire la République et la paix. La réponse à cette double question est affirmative. *
La profession de foi politique que *1°' de Staël rapportait à Paris se rencontrait avec la tournure prise par les événements et avec le courant d'opinion régnant. Le sentiment qui domina irrésistiblement au lendemain du 9 Thermidor et qui réunit entre elles toutes les classes, sans égards aux diflérences d'opinions, fut un besoin de vengeance et de représailles pour tant de cruautés subies.
Depuis le. 22 prairial, les deux tiers des victimes
* Article S/a^/dans la Biographie universelle ûq Micbaud. — LéouzoQ Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Slaël^ introductioQ.
* Rœdefer, Œuvres, V,81 et sqq.
du tribunal révolutionnaire avaient été des paysans ; d'après le témoignage des commissaires: de Robespierre^ sur quatre-vingts Français il n'y avait qu'un patriote. D'autre part, la persécution religieuse avait eu pour résultat, après trois années de durée, de faire envisager comme un acte d^hostilité envers la République la participation à un acte quelconque du culte, qu'il s'agit de la messe catholique ou du pri'che protestant. 11 n'y avait donc^ pour adnsi dire, plus personne en France, sous le règne de la Convention, dont la vie ne fut exposée à la< rigueur des lois.
Au moment où ce règne pfit fin, le pays avait été si complètement appauvri et ruiné par la guerre civile, par les exécutions en masse, les décret&de bannissement et l'émigration, les: réquisitions et recrutements constants, les assignats, le maximumy la dépréciation de la propriété et la dépopulation des campagnes^ qu'en dépit de tous lessuccës militaires, il n'avait pas moins besoin de paix que ses adversaires. A l'exception des royalistes extrêmes^ personi» ne pensait au retour de Tancien étajt de. choses. Vou.-* loir le rétablir, disait le conseiller des royalistes modérés^ Mallet du Pan,. est tout .aussi impoaair ble que le serait la tentative de reconstruire Saînti- Pierre de Rome avec la poussière des chemins. On sentit d'autant, plus généralementle besoin d'ungonvernement réglé, assez puissant pour écraser l'anarchie. Quand, toutefois^ on fut reveau deTémotiondb premier moment et qu'on se fût habitué au sentiment de la délivrance, il devint déplus en plus éivi*