CHAPITRE QUATRIÈME
dent que le 9 Thermidor avait été bien plus un chaurgemeut.de personnes qu!une madificatJRn de système^ qu'il av^ été ayant tout, suivait le mot frappant de de Maiatre, « une brouille de. famille ». Sans doute^ les dispositions, les plus excessives de la Terreur, telle que la loi du 2S prairial ou celle qui accordait quarante sous à tout citoyen fréquentant une section^ furent abolies par la Convention ; les prisons s'ouvrirent pour des milliers de gêna qu'on y avait jetésk^ «t on demanda compte aux pires instruments de la tyrannie jacobine^ les Carrier, les Fouquier-Tînville, les Lebon, avec lesquels disparisûssadtla forme la plus bideuse de cette tyrannie elle-même. Mais après comme avant, la Convention demeura acquise aux principes révolutionnaires extrêmes ; elle ne les avait combattus qu'autant qu'ils la. paralysaient d'abord. Les thermidoriens étaient des dantonistes qui avaiidat engagé^ dans l'intérêt de leur propre salut, la lutte avec la Montagne. Ils y avaient été poussés non par une révolte morale contre des crimes dont ils partatgaient la complicité, mais par: la certitude où ils étaient d'être immolés par leurs adversaires s'ils ne réussissaient pas à les anéantir les premiers* Ce n'était pas à eux, mais à la pression de l'opinion publique d'une part, de l'autre au danger du rétabliaseanent de la. tyraonia jacobine, qu'on devait llamoistLe pour tous ceux qui déposeraient les annes-daas le délai d'unmois^le rappeldes soixante-treize Girondina survivants, et la tentative de pacification de la Vendée. Ceux qui avaient déchaîné la guerre demandaient la continuation des hosdlités parles mêmes
raisons qu'ils avaient demandé leur ouverture, parce qu'en 1792 comme en 1795 la paix à Textérieur devait forcément conduire à l'établissement de Tordre à l'intérieur. Mais la défaite du parti jacobin, au 12 germinal et aul"*' prairial, permit la conclusion de la paix avec la Prusse, paix qui fut l'œuvre des modérés.
A la tête des conventionnels était Sieyès. Sorti de son refuge, il rompit un silence de deux années pour attaquer à la fois les Jacobins et les constitutionnels de 1791, affirmer la nécessité d'une Constitution r»^publicaine et faire entendre qu'il en tenait une toute prête. * Lui et ses partisans avaient surtout ceci à reprocher à la Révolution : c'est qu'au lieu de les élever eux-mêmes sur le pavois, elle y avait élevé Danton, Hébert, Saint-Just, Robespierre. Ceux-ci étant tombés, ces soi-disant indépendants revendiquaient intact l'héritage de 1793. A l'intérieur, exercice de la souveraineté au nom du peuple et conformément à l'interprétation de la Montagne, en madntenant l'idée égaUtaire ; à l'extérieur, la guerre après comme avant, afin de créer un certain nombre de républiques aux frontières de la France et de relever les finances ruinées à l'aide de conquêtes et de confiscations.
Ce qui distinguait avant tout les Jacobins et les ther;nidoriens, c'est que le sang du 21 Janvier excluait toute entente entré les premiers et les partis monarchiques. M""' de Staël exprime bien haut son mépris
* Notice sur la vie de Sieyès, Paris, 17.'5. (Publiée sans nom d'auteur, mais écrite par lui-même).
des sophisines par lesquels les auteurs du régicide cherchaient à le justifier. Le souci même du salut personnel fut invoqué comme moyen d'excuse, * et Carnot posa comme axiome que le peuple pouvait se tromper, mais jamais être coupable, car il ne frappait jamais que lui-même. Ses lois, bonnes ou mauvaises, devaient être exécutées, jusqu'à ce qu'il modifiât sa volonté. *
On s'efforçait de rendre la nation entière responsable de cet acte, dont la trace ne pouvait s'effacer. Ce dessein s'affirma dans la fête du 21 Janvier instituée comme fête nationale, et qui fut célébrée comme telle jusqu'en 1799. Du moment où les Jacobins reniaient les traditions de la Terreur, ils se condamnaient euxmêmes. La situation des thermidoriens, nous l'avons dit, était tant soit peu différente. Acculés dans leurs derniers retranchements, i]s pouvaient en appeler à la chute de Robespierre comme à une expiation de leih: passé, et la certitude qu'ils avaient d'être anéantis sitôt que les terroristes parviendraient à reprendre le pouvoir, les poussait à se rapprocher des constitutionnels et des royalistes modérés.
Les premiers pas dans cette voie furent faits, on le sait, par Tallien, Fréron et Barras dès le commencement de 1795, * alors qu'il n'était nullement ques-
■ * M«« de Slaêl, Considérations, XIII, 1 «7-148.
' Tbureau-DangÎD, Royalistes et Républicains : Question de monarchie ou de République.
3 * Sjrbel, Histoire de l Europe pendant la Révolution fran^ çaise, m, 326. — André Lebon, L* Angleterre et Vémigra* lion française, 16-21. — Mallet du Pan, Mémoires et Corres-
tioB encore d'un mouvement royo liste et qu; eiu- même» n'aspiraiant qu'à- rimpunité pour le pasfiéet à la conaervatiou.de leur fortune.. Si égoïstes que fusr sent ces- motifs, les événements semblèrent^quelques mois plus tard^ se dessiner dans* le sens de l^irs désira. Le besoin de paix, se faisait si. irrésistiblement sentir, qu'au mois de mars Tabandon même de toute conquête n'aurait pas paru une concession trop forte. * Après la paix du 5 avril aveala Pruss& et la promesse faite par la Convention, le 21 marS:, d'une nouvelle Constitution, les sympathies monarchiques se don^ nèrent libre carrière dans les brochures et dans la presse. Ce qu'on réclamait alors, ce n'était pas la Constitution jacobine de n93, qu'avaient sospendue ses propres auteurs^ maislà Gonstitution.de 1791, mor diûée dans Tintérêt du pouvoir exécutif^. La garde nationale fut réorganisée conformément à ces principes« La crainte du jacobinisme poussait de plus en plus la Convention, en dépit de. sa résistancCt^du côté des modérés^ dont rinfluence Ot rapporter certains décrets. de conQscation contrôles émigrés et les familles des guillotinés et.amena le traité du. 22 avril avea les chefs du soulèvement en Bretagne. Dans beaucoup de. villes du midi^ particulièrement à Ljon
pondance, II, 120-121, et Correspondance inédite avec la cour de Vienne, I, 27 et 204.
' * Sybel, Histoire de l'Europe^pendant la Révolution françaiss, III, 336.
' * Sybel, Histoire de l'Europe pendant laRéDohUion fra»' çaise, III, 357, 362, 364..— Mallet du P.aiu Correspondance inédite avec la, cùur de Vienne^A, 4Û-47, :âl9. — Sayoui^ Mémoires de Mollet du. Pan, II, /l 20.
etk Âix^.la réaction, menaçait de se livrer à des représailles sanglantes. Les Jacobins répondirent à.cesi menaces par l insurrection du 1^^ prairial, qui, pour le DQoment, scella leur défaite et gagna la nsajeuire. partie de l'opinion publique à la: monarchie modérée comprise dams le sens de 1789^ Gellerci avait en pleine Convention, au sein même du Comité de Consr titution, dans la personne de Lanjuinaia^Boissy, Lorsage et Durand, des partisans- qui, ne. pouvant encore, atteindre directement le but, cherchaient à fsûre nomrnier un Président. Ils songeaient pour l'ayenir à Louis XVII^ que son isolenoeat complet dérobaitàTinfluence des siens ; mais déjà la Convention avait jeté . un germe de mort dans la frêle constitution du mal^ heureux enfant. * Il mourut le.8 juin. Les espérances: mal définies qni s'étaient attachées: à son nom menaçaient de descendre à jamais dans la tombe avec luL. On savait que le prétendant. de Vérone, proclamé à cemoment parrarméede.Condésou&lenomde Louia XYIII, nepactiserait pas avec lespatriotesde 1789. Plar ces: devant Taltemative d'un retour, à l'ancien état de choses 4ans.le sens de Textrème droite ou d'une réac«tion inévitable du parti jacobin, les partisans de la moiiarchie.canâtitutionnelle:se trouvèrent poussés de jour. en: jour davantage dansf le. camp républicain; il s'agissait pour eux. de fortifier le parti modéré et d'attendre un moment plus favorable pour la réalisation de leurs propres desseins. ' Mais il survint des
*■ MiletAn.?3n^. Correspondatice inédite catec la. cour de •Ki^Mifi, 1,^06 et 206..
* Mallet du Pan, Correspondance inédite avec la cour de.
événements qui rendirent vains tous les calculs et amenèrent une nouvelle crise.
En Bretagne d'abord, puis en Vendée, s'était rallumée depuis la (in de mai la ilamme mal éteinte de la guerre civile, attisée par les émissaires des princes, qui comptaient sur le secours de l'Angleterre. Puisaye, un constitutionnel qui avait eu des relations avec la Gironde, avait longtemps travaillé en Angleterre à obtenir ce secours, et venait enfin de réussir auprès de Pitt. H reçut le commandement de Texpéditicn d'émigrés qui^ appuyée par la flotte anglaise, devait débarquer sur la côte de Bretagne. ^
Si le chef de la maison de Bourbon réussissait à écarter, par des déclarations formelles, la crainte d'une réaction, à grouper tous les éléments d'ordre autour de la monarchie constitutionnelle et à devenir de chef de faction qu'il était un roi national, c'en était fait, dans la disposition d'esprit du pays, des plans opposés. La France, en effet, haïssait les Jacobins, méprisait la Convention et aspirait à un état légal. Pendant tout le cours de la Révolution, la possibilité d'une restauration n'avait jamais été aussi proche, et rarement meilleures chances furent plus complètement perdues. L'expérience, qui avait ouvert les yeux aux royalistes de l'intérieur et leur avait conseillé la modération, n'avait exercé aucune action sur les émigrés, qui influençaient le prétendant de Yé-
Vienne, I, 237-240. — Benjamin Constant, Lettres à sa familte, Paris, 7 août 4795. Revue intemationate, 25 avril 1795-
^ André Lebon, V Angleterre et VémigraiUm française^ 5 ^ et sqq.
rone et dominaient entièrement le comte d'Artois. Tous les avertisseoients d'hommes bien au courant de la situation, tels que Mounier, le diplomate anglais Wickham, qui résidait en Suisse, et lord Macartney, que Pitt envoya en juin à Vérone, restèrent inutiles*. Des agents subalternes, Tabbé Brotier, Lemaître et Des Pomelles, à Paris, appelèrent de nouveau aux armes, sur l'ordre du roi, les royalistes de. l'Ouest, mais ils semèrent en même temps la division et la discorde parmi les chefs, représentèrent Puisaye comme un traître et éparpillèrent leurs forces, auxquelles le commandant éprouvé des armées républicaines, le général Hoche, opposa avec une froide résolution tous ses moyens de résistance.
Le 25 juin, la flotte anglaise Jeta l'ancre- dans le golfe du Morbihan, près de la péninsule de Quiberon, et deux jours plus tard les émigrés débarquèrent ; le comte d'Artois devait se mettre à leur tête. ' En même temps, le comte d'Hervilly, chef royaliste, se refusa, sur le conseil de l'abbé Brotier, à agir d'un accord commun avec Puisaye, et ordonna aux chouans de se réunir à Quiberon et d'y recevoir le prince. Trente mille Bretons, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs prêtres et tout leur attirail, se trouvèrent rassemblés là, défendus du côté de la terre seulement par le chétif fort Penthièvre. Pendant ce temps la
* André Lebon, L* Angleterre et V émigration française , 107 et sqq.
• Forneron, Histoire des Emigrés, 11, 90-109. — Lord Stanhope, Life of Pilt, ii, 332.— Alfred Nettement, Quiberon.
Tiotte anglaise retoarnaît chercher un second corps d'émigrés.
Avant qu'elle fût de retour, dTIcrviily attaqua par terre, le 16 juillet, Tarmée de Hoche; il fut battu et mortellement blessé. La bataille n'était pas termmée, quand le second corps, commandé par le jeune Sombreuil, débarqua dans la péninsule. Le 20 juillet, jour néfaste où les éléments déchahaés semblaient s'associer à l'œuvre destructrice des hommes, le fort Penthièvre, qu'occupaient des soldats prisonniers on déserteurs des armées républicaines, tomba par trahison^ntreles mains de Hoche. Celui-ci fit alors avancer ses troupes en dépit du feu des vaisseaux anglais. Les royalistes étaient perdus. Des oRiciers républicains, dont deux généraux, crièrent aux-gensdeBombreuil, qui continuaient à se défendre, de poser les armes, qu'on les traiterait en prisonnicFS de guerre. La plupart auraient pu encore se sauver sur les vaisseaux anglais, mais on croyait à une capitulation, ^et à peu près quinze cents hommes seulement parvinrent à atteindre la flotte anglaise ; tous les autres furent massacrés ou pris. Tallien remplissait à l'armée les fonctions de commissaire de la Convention et inclinait à la clémence ; mais revenu à Paris, il sévit accusé par Sieyès d'intelligences avec les royalistes, et, pour se sauver lui-même, sacrifia les vaincus. TIoche, qui ne voulait pas accepter le rôle de bourreau, remit au général Lemoine le commandement des troupes. Celui-ci trouva une commission qui condamna à mort les émigrés pris les armes à la maifl. au nombre d'un millier à peu près. Les exécutions