‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 128 sur 280 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Francen'était prêt à accepter ce qu'on luj, offrait de Vérone. Les sympathies des conservateurs revinrent à la République et à la Constitution — celle de Tan III — qui occupe une place dans l'histoire de la France et a fondé le gouvernement du Directoire.

M"' de Staël déclare cette Constitution in uniment plus raisonnable et meilleure que celle de 1791. Seulement, la République ne pouvait rester confiée plus longtemps aux mains ensanglantées des conventionnels, et les survivants de la Gironde lui semblaient trop inextricablement liés au système démocratique pour pouvoir aider à une réconciliation des partis. Ses yeux étaient fixés sur Boissy d'Anglas, Lanjui- Dsds, Daunou, <c qui cherchaient le milieu entre la royauté et la démagogie », ^ et auxquels leur passé politique sans tache assurait à un si haut point Testime publique,qu'aux élections de septembre Lanjuinais fut nommé par soixante-treize départements et Boissy d'Anglas par soixante-douze. * Depuis le mois d'avril ils faisaient partie de la commission des Onze chargée d'élaborer la Constitution et qui comptait, avec Thibaudeau et Durand-Maillane, représentants de Tancienne droite, La Reveillère, Louvet, Berlier, Lesage, Creuzé-Latouche et Baudin (des Ardennes). A eux se joignirent tous les naodérés, qui n'abandonnèrent la monarchie que quand elle se fut elle-même rendue impossible et qui n'acceptaient la République qu'à la condition qu'elle se purifiât de tous les éléments

* Tbibaudeau, Mémoires^ I, 149.

2 Thureau-Dangia, Royalistes et républicains: Li question de monarchie ou de république.

anarchistes. Le problème le plus difficile du momeot, écrivait M"* de Staël à Rœderer, ce n'est pas le partage des pouvoirs, devenu le mot d'ordre de tant d'ignorants, mais bien plutôt leur action commune. 11 faut se souvenir de la situation impossible des ministres sous la Constituante et les prendre à l'avenir parmi les membres du sénat, en établissant un perpétuel échange d'idées entre les deux organes de la représentation nationale. *

Ces paroles en faveur de l'introduction des formes parlementaires sont datées du 9 juin, un jour après la mort de Louis XVIL

Ainsi que l'écrivait Mallet du Pan à Vienne, cet événement n'avait pas empêché le comte Carlotti, ambassadeur de Toscane et représentant du neveu de Marie Antoinette, de donner à la campagae une fête brillante, où des femmes tout à fait décriées^ des concubines de députés encore couverts du sang de Louis XVI, déployèrent le luxe tapageur de leurs équipages, de leurs joyaux et de leur toilette. M°* Tallien y avait été Tobjet d'hommages tels qu'on n'en rend qu'à une reine, et M"' de Staël aussi avait pris part à cette orgie avec <( le sans-culotte son mari » *. C'est sur ce ton que les hommes de parti, dans la chaleur du combat, parlent de ceux qui ne se rallient pas à leur cause. Bientôt on fera dire par le baron de Staélau boucher Legendre: « Citoyen représentant,

« Rœderer, Œuvres, VIII. Lettre de M«* de SUël, 20 prairial an HE (9 juin 1795.)

' Mallet du Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne, I, 333.

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