‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 14 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

régulière avec Fersen, auquel il ordonna de se rendre à Paris, de ne pas s'éloigner de Louis XVI et de prendre les mesures nécessaires pour établir un service rapide et sûr entre les deux cours. Un pas de plus dans cette direction, ce fut la démission de Fersen des rangs de r aimée française, demandée et obtenue sur le désir du roi. Quand, sur la motion de Breteuil, les projets de fuite d'octobre 1789 eurent été soumis à la reine par d'Agoult, évêque de Pamiers, ce fut sur la demande expresse de la souveraine que Fersen en informa Louis XVI. * « Ma position est différente de celle de tout le monde » , écrivait-il à son père. « J'ai toujours été traité avec bonté et distinction dans ce pays-ci par les ministres et par le roi et la reine... Je suis attaché au roi et à la reine, et je serais vil et ingrat si je les abandonnais quand ils ne peuvent plus rien faire pour moi, et que j'ai l'espoir de pouvoir leur être utile. A toutes les bon* tés dont ils m'ont toujours comblé, ils viennent d'ajouter encore une distinction flatteuse : celle de la confiance ; elle l'est d'autant plus, qu'elle est extrêmement bornée et concentrée entre trois ou quatre personnes, dont je suis le plus jeune » ".

Parmi ces étrangers auprès de qui seuls, comme PafCrmait la reine, on pouvait trouver aide et compassion, ^ aucun ne l'emportait sur Fersen en dé-

* Droz, BUioire de Louis XVI, III, 322-323.

* Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France. Introduction. Fersen à son père, février 1791. — •Arneth, Marie- Antoinette, Joseph II et Léopold II, 165.

* * Arneth, Marie-AntoinetlCy Joseph II et Léopold //, 135.

vouement chevaleresque et à toute épreuve ; mais sur un point il alla plus loin que la reine elle-même. Il avait adopté peu à peu la manière de voir et tous les préjugés de la droite. Necker, à la probité duquel il avait peu de temps auparavant rendu justice, n'était plus à ses yeux, au moment de son renvoi, qu'un malheureux traître pour qui tout châtiment était trop doux. 11 nommait La Fayette « un pauvre scélérat qui pourtant ne savait l'être qu'à moitié ». ' Il partageait complètement, écrivait-il à Gustave, l'opinion de celui-ci sur la culpabilité de Necker, et aussi cette autre conviction du monarque suédois, que seule une guerre civile ou étrangère pouvait sauver l'autorité royale, et la France elle-même .*

Quant à Staël, il mentionne à la fin de l'automne 1790 le dessein où l'on était alors de reprendre l'affaire du Collier, et ajoute que l'on ourdissait à cette occasion les menées les plus perfides contre la reine, que même le mot de divorce aurait été prononcé. » Gustave III ne tarda pas à faire savoir à son ambassadeur que la satisfaction qu'il éprouverait de ses services dépendrait du zèle avec lequel il se rendrait l'interprète des sentiments de son souverain pour la famille royale de France. Staël n'en répondit pas moins à son ancienne façon que la reine qui, par son

* Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France^ I, 80-81.

> Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France ^ l, 74-75. Fersen à Gustave III, 7 janvier 1790.

* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staél, 176, n» 170.

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