‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 131 sur 280 · CHAPITRE QUATRIÈME r>8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME r>8l

député de la Montagne qui avait fait volte-face. L'allemand OËlsner comparait la maison du raffiné Barras à un tripot de second ordre, celle de Rewbell à une gargote. * Chez Julie Talma, où Ducis, André Chénier et Lebrun, puis Vergniaud et Lavoisier, s'étaient rencontrés jusqu'en 1793, se rassemblaient maintenant Sîeyès, Marie-Joseph Chénier, Louvet et Bailleul. ' Joséphine Tascher, la veuve de Beauhamais,ne connaissait pas encore Bonaparte et recevait les honimages de Barras, qui unissait Tattitude extérieure de la société dans laquelle il avait grandi et les habitudes du gentilhomme et de Tofflcier français au cynisme brutal de Tépoque dont il mérita d'être le représentant typique.

Pour se tirer d'affaire et prendre position dans ce monde nouveau, il fallait se résigner à toutes sortes de choses.

M"' de Staël, la seule femme dans !e Paris d'alors qui pût se rattacher à un passé social, restait fidèle à ses amis royalistes, Matthieu de Montmorency, Dupont de Nemours, l'abbé Morellet, Choiseul, Suard, Lacretelle jeune, qui avaient eu la chance de survivre à la Terreur ; mais en même temps elle était en relations avec Dauno'u, Cabanis, Garât, Lanjuinais, Tracy, Ginguené. Elle se lia avec Boissy d'Anglas, Marie- Joseph Chénier, et recourut en faveur des persécutés à l'influence de Tallien et de Barras.^ Des

* * OEIsner, Préface des Œuvres complètes de Sieyès. ' De Goncourt, La société française pendant ta Révolution ^ « Thibaudeau, Mémoires, I, 133. — Sainte-Beuve, Por-

éléraents aussi dissemblables ne pouvaient se concilier ; on ne lui pardonna pas toujours de les réunir chez elle. Et cependant ces relations lui permirent de faire bénéficier les uns du pouvoir ou de l'influence des autres.

Un des premiers qui lui dut ainsi le retour dans sa patrie fut Talleyrand. Depuis son expulsion d'Angleterre, en janvier 1794, il vivait aux Etats-Unis, à Philadelphie, aspirant ardemment à rentrer en France. Ses essais d'intrigue contre Washington, de concert avec son vieil ami Jeflterson, lui avaient fait perdre le peu de sympathie sur laquelle les Français pouvaient alors compter de la part des Etats-Unis. ^ II était si fatigué de sa vie de là-bas, qu'il sacrifia ses dernières ressources pour équiper, avec son ancien collègue de la Constituante, Beaumetz, un vaisseau qui devait les emporter aux Indes-Orientales. Au moment de mettre à la voile, la nouvelle du 9 Thermidor fit renoncer Talleyrand à son voyage. Beaumetz s'embarqua seul et l'on n'entendit plus jamais parler du vaisseau qui le portait» tandis que son ami plus heureux accueillit l'offre de M*"* de Staël par ces mots désespérés : a Si je reste encore un an ici, j'y meurs » . ^ Ces plaintes étaient à peine nécessaires pour aiguillonner le zèle infatigable de son amie, qui gagna à sa cause Marie-Joseph Chénier. Le S septembre 179S, deux jours après que

traits contemporains, IV, 273 : Daunou. — Portraits de femmes : Af «« de Staël.

* Sir Henry Lytton Balwer, Talleyrand, 431-132.

* Sainte-Beave, Nouveaux Lundis, XII, 28, note : Taileyrand.

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