CHAPITRE QUATRIÈME
le général de Montesquiou eut été autorisé à rentrer en France, Chénier sollicita delà Ck)nvention le rap« pel de rex-é?èqae d'Autun. Contrairement aux projM^es déclarations de Talleyrand à lord Grenville du 18 septembre 1792 et du 1" janvier 1793, qu'il n'était venu en Angleterre que dans la seule intention de « jouir de la paix et de la sûreté personnelle à l'abri d'une Ck>n$titution protectrice de la liberté et de la propriété d, Chénier déclara avoir entre les mains un mémoire dont il existait un double dans les papiers de Danton. Ce mémoire, daté du 25 novembre 1792, tendait à prouver que Talleyrand s'occupait à consolider la République, lorsque, sans motif et sans rapport préalable, on l'avait décrété d'accusation. Ce prétendu mémoire n'a jamais été mis sous les yeux de personne. Tout ce que Talleyrand et Cbénier purent présenter fut un passeport signé Danton et conçu en ces termes : « Laissez passer Ch.-Maurice Talleyrand allant à Londres par nos ordres ». ^ Ces explications suffirent à la Convention. Un vaisseau danois amena Talleyrand à Hambourg, où Dumouriez, M°'<' de Genlis, la comtesse de Flahault et le duc d'Orléans s'étaient réfugiés avec beaucoup de leurs compatriotes ; il était accompagné de M™^ Grant, la belle créole qu'il épousa plus tard. 11 se rendit à Paris en janvier 1796, mais n'y revit que l'année suivante M"* de Staël, alors en Suisse.
* Sainte-Beuve, Nouveaux LundiSyXll, 28-29. —Michaud, Talleyrand, — Talleyrand, Eclaircissements donnéx à ses conciloyens, 1798. — Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur^ V, 132, noie.
Ce qui servit surtout celle ci, dans ses efforts en faveur de Talleyrand et de tant d'autres, c'était la liberté dont jouissait la presse depuis Thermidor. Vingt-neuf rédacteurs de journaux, dans la capitale seule, avaient été immolés par la Révolution, et pourtant, chose digne d'attention, leurs rangs n'offraient pas de vides, et la réaction terroriste du 18 Fructidor trouva de nouveau quarante-deux journaux à supprimer. * Au lendemain de la mort de Louis XVII et à la suite de Quiberon, Topinion était si favorable aux idées modérées, que les monarchistes constitutionnels, pour ne pas être confondus avec les irréconciliables^ s'en tenaient strictement à la défensive et laissaient reposer pour le moment la question de la forme de gouvernement. Le programme des royalistes; de La Harpe, Fiévée, Michaud, Suard, Fontanes et Lacretelle dans I^ Mémorial, La Quotidienne, les Nouvelles politiques et la Gazette française, se bornait à protester contre la barbarie et l'arbitraire, à réclamer le respect de la loi et une autorité forte appuyée sur la légalité. Tout le reste devait être abandonné au temps. « Jamais peut-être », selon le témoignage de Fiévée % « l'ancienne monarchie ne fut plus complètement oubliée ».
M™« de Staël renforça le parti modéré d'un combattant de plus. Vers la fin de 1794, Benjamin Cons-
* Granier de Gassagnac, Histoire du Directoire, I, 358-
* Fiévée, Correspondance avec Bonaparte, I, CXV, introduction.