‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 133 sur 280 · CHAPITRE QUATRIÈME 28Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 28Î

tant s'était encore déclaré pour Tallieft. Dans Tété de 1795 il se rendit à Paris, muni d*une lettre de recommandation pour Sieyès que lui avait donnée OElsner. Mais à peiné cette lettre était-elle sortie des mains de ce dernier, que se rappelant le caractère défiant de Sieyès, il regretta son imprévoyance et pria quelquesuns de ses amis, qui professaient à son exemple un culte idolâtre pour « l'oracle », de surveiller le jeune homme, que son commerce seul avec M"® de Staël sufQsait pour rendre suspect. ^ Benjamin Constant, qui apprit la chose, s'en amusa beaucoup et se tira d'affaire tout seul. Ses amis de Suisse ne tardèrent pas à entendre parler de lui comme d'un des plus élégants muscadins. * 11 se lia avec le Girondin Riouffe, auteur des Mémoires dim Prisonnier^ livre dont le succès, en ce temps si pauvre sous le rapport littéraire, a été comparé à celui des Prisons de Silvio Pellico. ^ Constant reçut partout un accueil bienveillant et distingué. On le trouva un peu taciturne, mais intéressant avec sa longue taille et ses longs cheveux bIond$ bouclés qui faisaient songer à un étudiant allemand. Quant à lui, il avait des rechutes d'ennui et écrivait qu'il aspirait aune vie tranquille au delà du Rhin. 11 n*en restait pas moins fermement résolu à se fixer dans ce pays nouveau, à devenir non

> Benjamin Constant, Souvenirs historiques à l'occasion de touvrage de M. Bignon. Revue de Paris, ISSJP, XVI, i24.

' Gaullieur, Eludes sur l'histoire litliraire de la Suisse française, 160.

' Bardoux, La comtesse de Beaumont, Revue des Deux- Mondes, septembre 18S3, 320. — Rœderer, Œuvres, IV,

seulement citoyen français, mais encore à faire de la France sa patrie intellectuelle. A Lausanne et à Colombier on ne suivait pas sans inquiétude l'expérience à laquelle il se livrait ; mais on se disait pour se consoler que la pièce d'or de Lausanne valait à Paris huit cents francs et que le monde parisien loi convenait mieux que cette patrie suisse, qui n'avait pu fixer son inconstante jeunesse. * Comme sur les bords du lac de Genève, M""' de Staël l'accueillit avec une sympathie que, à ce moment aussi bien que plus tard, elle ne fit aucune difficulté d'avouer. 11 entra par elle en relations avec Ghénier, Louvet, le jeune De Pange, mort prématurément, et auquel André Ghénier a adressé de beaux vers bien connus. 11 nous a laissé une description du cercle que M"* de Staël rassemblait autour d'elle à l'ambassade de Suède, et qu'il nous montre pénétré de quatre on cinq courants différents : il réunissait, en effet, des membres du gouvernement dont M"'' de Staël cherchait à conquérir la confiance ; quelques échappés du gouvernement passé, dont Taspect déplaisait à leurs successeurs ; tous les nobles rentrés, qu'elle était à la fois flattée et fâchée de recevoir ; des écrivains qui, depuis le 9 Thermidor, avaient repris de l'influence, et le corps diplomatique, qui était aux pieds du Comité de salut public, tout en conspirant contre lui.

a Au milieu des conversations, des actes, des intrigues de ces différentes peuplades, ma naïveté répu-

* Sainte-Beuve, Portraits littéraires^ III : Benjamin Con*' tant et il^^ d& Charrière.

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