‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 134 sur 280 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

blicaÎDe se trouvait fort embarrassée. Quand je causais avec le parti républicsdo qui était victorieux, je l'entendais dire qu'il fallait couper la tète aux anarchistes et fusiller les émigrés, à peu près sans jugement. Quand je me rapprochais du petit nombre des terroristes déguisés qui avaient survécu, j'entendais dire qu'il fallait exterminer le nouveau gouvernement, les émigrés et les étrangers ; quand je me laissais séduire par les opinions modérées et doucereuses des écrivains qui prêchaient le retour à la morale et à la' justice, on mlnsinuait à la deuxième phrase que la France ne pouvait se passer d'un roi, chose qui me choquait singulièrement. Je ne savais donc trop que faire de mon enthousiasme pour la République ».*

Benjamin Constant peut avoir exagéré plus tard cet enthousiasme, mais ce qui est certain, c'est que les années d'apprentissage politique ne lui furent pas épargnées.

La Constitution de Tan III était achevée. En admettant pour base la propriété, elle revenait de l'égalité générale à l'égalité civile, en ce sens qu'elle exigeait une année de séjour ûxe et le paiement d'un impôt comme condition du droit de suiOfrage, et n'ouvrait l'accès du corps législatif qu'à ceux qui possédaient quelque chose. Le corps législatif se composait de deux parties : le Conseil des Anciens, formé de deux cent cinquante membres, et le Conseil des Cinq cents. Les membres du premier conseil

^ Benjamin Constant, Sounenirs historiques à l'occasion de Vouvrage de M, Bigtum, Revue de Paris; 1830, XI, 129.

devaient être âgés de plus de quarante ans, ceux du second^ de plus de trente. Leur mandat durait trois ans, uiais de manière que chaque année un tiers des députés était soumis à la réélection. Les Cinq cents présentaient les projets de loi, les Anciens les repoussaient ou les sanctionnaient- Gomme organe de la puissance executive les royalistes demandaient un Président. Daunou proposait deux conseils. La majorité voulait plusieurs gouvernants, et; c'est ainsi que le Directoire fût composé de cinq membres, dont l'un renouvelable chaque année ; le^ 'Cinq cents dressaient la liste des candidats, sur laquelle les Anciens choisissaient le nouveau Directeur. Les cultes et la presse furent proclamés libres, les clubs politiques et les rassemblements armés interdits, les biens nationaux garantis à leurs nouveaux possesseurs, le retour défendu aux émigrés. Le pouvoir exécutif était chargé de la diplomatie, de la guerre, de la justice, de l'administration et des finances, et on lui accorda des droits infiniment plus étendus que ceux reconnus au roi par la Constitution de 1791» Le veto^ qui avaût amené la chute de Louis XVI, était aux mains du Conseil des Anciens, ce qui excluait maintenantcomme jadis le pouvoir exécutif de la participation aux lois et le privait aussi de l'autorité dont il eût eu besoin pour les faire respecter.

Cet essai de république, a dit M** de Staël, avait de la grandeur ; toutefois, pour qu'il pût réussir, il aurait fallu peut-être sacrifier Paris à la France et adopter des formes fédéralives, ce qui ne s'accordait ni avec le caractère ni avec les habitudes de la nation.

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