‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 135 sur 280 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

C'est là encore un point de vue emprunté à Neckeret . que Ton retrouve dans ses derniers écrits politiques. *

Même rirréconciliable adversaire de la France révolutionnaire, Joseph de Maistre, portait alors un jugement assez bienveillant sur la nouvelle Constitution. « La Commission des Onze», écrivait-il en 1797, « a fait peut-être tout ce qu'elle pouvait faire dans les circonstances données. Elle disposait de matériaux rebelles qui ne lui permettaient pas de suivre les principes ; etla division seule des pouvoirs, quoiqu'ils ne soient divisés que par une muraille, est cependant une belle victoire remportée sur les préjugés du moment ». La « muraille » est une allusion à l'article 60 du titre V de la Constitution, portant « qu'en aucun cas les deux Conseils ne peuvent se réunir dans une même salle », '

La Constitution de Tan III était-elle viable? C'était là une question dont la solution dépendait bien plus des personnes chargées de sa mise à exécution que des 377 paragraphes dont elle se composait.

La Convention en décida par les décrets des 5 et 18 fructidor.

En interdisant la réélection de ses membres à la prochaine assemblée, la Constituante avait frappé de mort son œuvre et avait commis contre elle-même

* M«» de Staël, Considérations, XIII, 150. — Necker, f Dernières vues de politique et de finance, XI, 191. — Thureau-Dangin, Royalistes et répKblicains : Parie capitale pendant la Révolution.

2 Joseph de Maistre, Considérations sur la France^ Bâîe, 1797, 101.

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un suicide volontaire. Quand les complices de Robespierre reconnurent que les amputations pratiquées tardivement dans leur propre chair ne pouvaient plus les sauver et que Tappel à l'opinion publique allait nécessairement se terminer pour eux par une défaite honteuse, ils prévinrent son verdict en demandant la réélection des deux tiers de la Convention par cette assemblée même, mais seulement dans le ^f cours des deux années suivantes. Le 3 fructidor,

^'^ Louvet monta trois fois à la tribune pom- ^puyer

ki cette proposition ; mais le parti contraire réussit à

\ ^ faire modifier le décret en remettant au peuple le

droit d'élire ces deux tiers.

«:/ Or, ces malheureuses dispositions devaient êti^ vo-

tées en même temps que la Constitution elle-même, - afin que ceux qui voulaient celle-ci fussent forcés de

j subir celle-là; le résultat fut de permettre aux ter-

I roristes de s'imposer pour la seconde fois au pays *.

Sur six millions d'électeurs, un million à peu près seulement vota. D'un côté, toute envie de prendre part aux affaires publiques avait disparu, de l'autre, le gouvernement, alors como[tô jadis, trouva moyen d'étouffer la voix de ceux qui protestaient*.

« Les décrets de Fructidor produisirent une sensation terrible dans l'opinion, écrit M"* de Staël, et rompirent tout à fait le traité tacitement signé entre la Convention et les honnêtes gens ». •

* * Syhel, Histoire de P Europe pendant la Réffolution fron^ çaise, IV, 462, note.

» Taine, La Révolution^ III, 559-564.

3 M"« de Staël, Considérations, XIII, 151.

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