‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 136 sur 280 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Ce que la force avait fait, la force seale pouvait le mainteDir. Les terrorîsrtes, qui avaient quitté le pays ou s'étaient tenus cachés, reparurent et se montrèrent ouvertement ; d'autres, par centaines, furent tirés des prisons et incorporés dans des régiments ou chargés de protéger dans les rues de Paris les nouveaux maîtres contre la colère de la population. Délivrés de toute crainte d'une réaction monarchique, ils ne songeaient maintenant qu'à étouffer la voix des modérés, et, avec le cynisme du sentiment de la conservation personnelle, à se jeter une fois encore dans les bras de la plèbe jacobine.

L'auteur du décret qui avait fait en France six cent mille suspects, Merlin de Douai, et le héros du 31 Mai, Legendre, reparurent sur la scène. Tallien, qui était commissaire de la Convention en Bretagne, revint après une assez longue absence dans la capitale — le jour anniversaire du 9 Thennîd(»r — pour lui annoncer les événements de Qniberon et leurs résultats. Tout cela avait pour but de s'assurer des armées, qui le 28 août prêtèrent serment aux nouveaux décrets constitutionnels. Au Comité de sûreté générale, Sieyès, Louvet, Chénier appuyaient les conventionnels extrêmes. En vain tes royalistes modérés tels que l'abbé Morellet, le chevalier De Pange, Lezay-Marnésia, Qaatremère, Peuchet, tentèrentils d'empêcher au moins la législation pénale relative à Fémîgratîon d'être étendue à ceux qui avaient quitté la France après le 10 Août et le 2 Septembre.

Cependant le mécontentement de la population ne se laissa pas complètement étouffer. Le jour même

p OÙ la Convention faisait approuver ses mesures par

Îk, ^ les (( soldats de la liberté» \ sous prétexte qu'il s' agis-

f sait de défendre la République contre les étrangers et

les émigrés, une section parisienne, bientôt suivie de plusieurs autres, parut dans l'Assemblée pour protester contre la concentration de troupes aux environs de la capitale ainsi que contre les décrets euxmêmes. Il n'y avait aucun doute que, pour la troisième fois depuis thermidor, les citoyens de Paris étaient résolus à marcher contre les Jacobins dans la Convention et au dehors.

Cette fois encore les querelles de parti vinrent au secours de ceux-ci. Les royalistes, au lieu de sejoindre aux modérés et de les laisser arriver au pouvoir, grâce au renouvellement annuel de la représentation nationale, ne purent prendre sur eux de sacrifier leurs intérêts particuliers. Le ton de leurs joum3ux redevint, dans le cours du mois de septembre, d'une violence inouïe. Richer de Sérisy, rédacteur de \ Accusateur public et ancien collaborateur de Rivaroi aux Actes des Apôtres^ ne voulait entendre parler que de moyens radicaux, et, renforcé de quelques amis non moins excessifs que lui, rendait aux conventionnels le service incomparable de provoquer ouvertement à une restauration monarchique. Des provinces arrivaient les informations sur des mouvements royalistes et des attentats contre les commissaires de la Convention. Le rejet des décrets électoraux fut également interprété comme une résistance à l'ordre

^ Mallet du Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne, I, 290 et 301.

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