CHAPITRE PREMIER
courage et ses malheurs, méritait toute sympathie, ne s*étsdt pas montrée pour le roi de Suède ce qu'elle aurait dû être. Staël ajoutait que les tyrans d'un nouveau genre qui menaçaient le trône de France ne lui semblaient pas moins méprisables qu'à son maître; mais, poursuivait-il, « il est, je l'avoue, très peu possible que ces messieurs se modéreront et reviendront à des idées plus saines sur la politique des gouvernements et la véritable liberté d'un empire. Si cela était possible, cependant, il ne faudrait pas s'être ôté tous les moyens de négocier avec eux, puisqu'ils ne cessent de répéter que l'alliance de la Suède est de toutes la plus convenable, la plus désirable pour la France, et qu'ils auraient peut-être cherché à m'en parler, si l'horreur de leur usurpation m'avait permis d'entretenir des relations avec eux » /
La remarque par laquelle se terminait cette dépêche était un ballon d'essai relatif à la proposition faite à Louis XVI de se rapprocher des Jacobins, car, dès ce moment, Staël n'éprouvait point de répugnance pour eux, et le roi lui-même venait de faire parvenir par Hontmorin des sommes importantes à Danton. ' Staël avait habilement calculé que le conseil indirect donné à Gustave de tirer pour sa part profit de la situation venait à point, car le roi de Suède ne rêvait alors de rien moins que de s'assurer une seconde couronne.
Au centre des intérêts de l'Europe occidentale, en
* LéoQzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Suai, 190, n« 184.
* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marcky
3o MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
Pologne, se préparait une crise. La politique habile et modératrice de l'empereur Léopold avait dans cette direction, comme dans d'autres, opéré une évolution. En même temps que ses relations avec la Russie devenaient moins intimes, il se rapprochait de la Prusse et nourrissait Fespoir d'arrêter, sur la pente fatale, le malheureux pays miné, depuis le premier partage, par tant d'éléments anarchiques à l'intérieur, par tant d'intrigues au dehors, et d'assurer ainsi à TAutriche un rempart contre la Prusse et la Russie. Dans ce but il donnait son assentiment au projet de transformer la monarchie élective de Pologne en une monarchie héréditaire. Pendant les treize années qui s'étaient écoulées depuis la conclusion de la paix avec la Russie, le roi StanislasJPoniatowski avait en vain tenté de détourner la froidehabileté politique de Catherine II des voies qu'elle s'était depuis longtemps prescrites et de la gagner à ce plan qui, dans la division des partis, ne pouvait réussir sans un appui extérieur. Dans le courant de 4791, Léopold se montra prêt à l'appuyer, à la condition de transmettre d'une manière durable la couronne de Pologne à la maison électorale de Saxe, qui l'avait déjà possédée. Cette dernière partie du programme impérial ne fut pas d'abord livrée à la publicité ; mais Stanislas et le parti patriote, encouragés par l'assentiment del' Autriche^ risquèrent le coup d'Etat du 3 mai, qui donnait au pays une nouvelle constitution, abolissait le libe^ rum veto et assurait à l'électeur de Saxe et ensuite
III, 8^. — Taine, la Révolution^ II : Psychologie des chefs jacobins.