CHAPITRE CINQUIÈME Slï
un jour de distraction à la douleur... Dans cette vie, qu'il faut passer pKitdt que sentir, celui qui distrait rhomiue de lui-même et des autres, qui suspend l'action des passions pour y substituer des jquissances indépendantes, serait dispensateur du seul véritable bonheur dont la nature bumaine soit susoeptible, si rinfluenee de son talent pouvait se perpétuer ».
Cette fois c'est la femme qui, avec le caractère subjectif propre à son sexe, sauvegarde les droits du cœur, de m^e que dans son livre De l'influence des Passions elle observe et analyse certains états particuliers de rànne.
/ Elle les considère comme de sombres puissances qui, si nous ne restons pas constamment en garde contre elles, prennent possession de nous et menacent nm-seulement le bonheur des individus, mais les bases de la société et l'existence des nations. Elle commence par observer l'homme intérieur, ses impulsions et ses motifs. Une seconde partie, qui n'a pas été écrite, devait traiter des gouvernements an* ciens et modernes et de Tinfluence exercée par eux sur les hommes réunis en corps politique.
Rlle distingue deux ordres de passions : celles qui^ comme l'amour, l'ambition, le désir de la gloire, en* lacent l'homme dans des liens impossibles à rompre, parce qu'elles l'abusent sous l'apparence trompeuse de nobles tentations, et les autres qui, telles que l'avarice, l'ivrognerie, te jeu, la haine, la vengeance et te crime pro{Hreinent cUt, soumettent l'homme au joug des sensatàcms égoïstes et sont des affections morales dégénérées en impulsions physiques, y
/ Les unes comme les autres sont Técueil du bonheur terrestre ; Tennemi de l'homme c'est lui-même, c'est son besoin d'émotions, sa soif de la jouissance présente, à laquelle il sacrifle ce qui fait le fond et la valeur de la vie. * M"* de Staël se délend du dessein qu'on pourrait lui imputer d'avoir voulu écrire un livre pessimiste, dépeindre les côtés sombres de l'âme humaine. Cependant la conception de la vie, telle qu'elle se révèle chez la jeune femme à peine âgée de trente ans, est si profondément triste et mélancolique, qu'à deux reprises déjà, et bien avant la fameuse lettre de Delphijie, elle indique le suicide comme la dernière ressource des natures élevées, vu qu'il n'y a rien de pJus terrible pour elles que « la possibilité d'exister uniquement parce qu'on ne sait pas mourir ».* Cette conception désespérée est moins le résultat de la conscience de la douleur à supporter que du genre de dédommagements qu'elle peut nous ofTrfa-^
/^Aux consolations que la religion apporte au croyant M""* de Staël n'oppose qu'une objection. La foi est une faculté qu'il ne dépend point de nous d'acquérir. Elle nous est donnée comme les qualités et les avantages extérieurs et met le devoir à la place du bonheur. La morale religieuse ne laissant en effet nul vague sur aucune des actions de la vie, sa décision est toujours simple. Elle est d'une utilité souveraine dans les situations désespéréesyLorsqu'un homme, après avoir commis de grands crimes, en éprouve un vrai remords, cet état de l'âme est si violent, qu'on ne peut
» M»* de Staël, Œuvres, III, i3, 142, 20*, 223. 2 M»«de Staël, Œuvres, III, 126, 192, 242.