CHAPITRE CINQUIEME 3l
le supporter qu'à l'aide d'idées surnaiurelles. Sans doute, le plus efûcace des repentirs serait une vie vertueuse ; mais quel est le coupable qui oserait espérer de fait e autant de bien qu'il a causé de mal ? Qui est assez puissant pour expier du sang ou des pleurs? /Les côtés sublimes de la religion n'empêchent d'ailleurs pas celle-ci d'être presque toujours contraire aux qualités naturelles ; ce qu'elles ont de spontané, d'involontaire, est incompatible avec des règles fixes sur tous les objets ; elle aboutit facilement à l'intolérance, au fanatisme. Les qoftlités naturelles, développées par les principes, par les sentiments de la moralité, sont de beaucoup supérieures aux vertus acquises par la dévotion et par le renoncement. /
L'auteur cite ici deux vers de Dryden qu'elle applique différemment et qui lui servent à bien définir le contraste entre le dogmatisme et la morale naturelle :
He raîsed a mortal to the skies, Sbe drew an angel down.
(La dévotion élève un mortel jusqu'aux cieux, la moralité naturelle fait descendre un ange sur la terre).
/'La religion cède la place à la philosophie qui, par raison, renonce à la passion, et qui, par l'amour de la solitude, de l'étude et de la modération en toutes choses, trouve le contentement qui est l'apanage d'une existence réglée et vouée à un but. /
L*auteur, après avoir montré les voies qui, au nom de la religion, mènent au renoncement, et au nom de
la pbilosopfaie à la modératioD, s'hésite pas à confesser que, quant à elle, il bii est impossible de s'engager (fans Fane ou dans l'antre Toie, car, elle en a fait rexpérience : les puissances éterBefles ont donné à rhomme, en le créant, la faculté d'un court instant de bonheur, par un amour partagé, et ce bonheur, qu'eDe a connu, lui est resté présent... La célébrité, l'ambition, le fanatisme, tout s'épuise ; l'amour seul satisfait pour toujours celui qui a vraiment aimé l Mais pendant que tant dThommes avouent n'avoir jamsûs connu ni l'amour de la gloire, ni le besoin de distinction, chacun croit qu'il a aimé. Et pourtant, presque tous se trompent, car toutes les autres passions sont plus naturelles, et, partant moins rares que celle-ci, car c'est elle qui connaît le moins Tégoîsme. Ainsi que Talleyrand l'a fait remarquer pour Rousseau en une circonstance analogue, on croit, en lisant pareQIes choses, se trouver au confessionnal. La douleur à peine apaisée que trahissent ces paroles cherche à se tirer du labyrinthe des passions, non en renonçant à elles, mais en faisant appel à la force intime qui leur a donné naissance, — le sentiment. Le ceeur doit panser les blessures faites par ie corar. La foi ne se commande pas ; le doute se tient à l'entrée du paradis perdu. I>ans la tempête qui s'est décbaftnée, la loi morale de l'individu aussi est devenue étrangenient vacillante^'élève de Rousseau demande si) ne viendra pas im temps où tout ce qui est contre la nature ne cessera ))as d'6tre contre la règle; se, tdt ou tard, l'on ne sentira pas que la morale, non moins que la religion, est surchargée de superstition. I) n'y a qu'un