CHAPITRE CINQUIÈME 3l
priDcipe auquel M'" de Staël reste iaébranlablement attachée : c'est qae nos actions s'apprécient selon Hm mesure da bien ou du mal qu'elles apportent au prochain, e« à ce point de vue seidement l'idée du sacrifice lui parsût justiliée. La base de toute vertu est en eSët la bonté, et le seul recours possible contre la douleur est une vie vouée à la chaTité/^Ce qui doit nous servir de i*ëgle de conduite , ce n'est pas ee que nous svons à attendre des autres, mais ce que les au>tres ont à attendre de nous. L'homme bon est indépendant des temps et des circonstances, du degré de cLviliss^ion du pays qui Fa vu naître comme des; qua^ lités intellectuelles qui prédominent autour de lui. C'est au sentiment de la bonté dans son acception- la ploB étendue que remonte tout ce qui inspire de T'adnnratioQ et de Testime. €e qui prête son prix à la vie, triomphe de Tamertume de la mort et de l'égoïsme de la pasfiiou, c'est la charité* largement prati-
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.'oui^rage qui développe ces peœées est riche en observations foies et pénétrantes. C'est ainsi que Tauteuc remarque, au sujet de hi vengeance, qu' « elle dérive immédiatement de la justice , quoique ses effets y soient souvent si contraires », etqu on rend à soaemiemi, en se vengeant, une espèce d'égalité avec soi. Dans le chapitre sur Y a esprit de parti » , on troove une-dèscriptîon achevée du£anatisine politique. Cbs mérites n'empêchent cependant pas: le livre, nous l'avons déjà dit, d'être avant tout un livre personnel. C'est l'âme torturée d'une femme qui„ dans ces considérations, cherche à retrouver Féquilibre détruit
3l6 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
que de simples sophismes ne peuvent rétablir. Elle raille les pédants qui prétendent limiter le monde du sentiment et croient guérir par des discours pleins d'onction l'homme déjà frappé à mort. Elle a observé en eOet que précisément ceux qui parlent constamment de passions et aspirent à les éprouver sont le moins faits pour les ressentir, tandis que les natures vraiment passionnées les redoutent etqu'aucun homme ne comprendra jamais quelle souflVance peut cacher Tâme d'une femme. Elle-même a écrit pour se convaincre, se retrouver et délivrer ses facultés de l'esclavage de ses sentiments. « La distraction n'étant pas possible, elle a voulu essayer si elle réussirait à dissiper par l'observation les fantômes dont elle était poursuivie, et, par la méditation sur les destinées humaines^ à transformer la souffrance en sympathie. Le pourra-t-eïle? Klle l'ignore, car elle doute d'elle et se demande si Taffection même qu'elle ressent pour son père, pour ses enfants et pour ses amis, ne gardera pas les traces de ces mouvements passionnés auxquels elle voudrait avoir renoncé pour toujours » . Elle écrivait dans le même sens à Rœderer : « Eu me flattant que vous savez si je sais aimer, je vous promets à jamais cette amitié dont j'ai fait la religion de ma vie ». ^
Elle espérait de plus que la résolution « dene plus chercher son bonheur que dans celui des autres », et une appréciation plus exacte de son caractère et des circonstances de sa vie, aidée par ses écrits, feraient
* Rœderer Œuvres, VIII, 647. Lettre de M~ de Staél, Lausaone, 20 août 1796.