‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 147 sur 280 · CHAPITRE CIxVQUlÈME 3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIxVQUlÈME 3l

taire la calomnie, « qui^ sans la connaître, Pavait condamnée à la célébrité ». ^

L'introduction du livre, à laquelle nous empruntons ces citations, est datée de Lausanne, i**" juillet 1796. Pour la seconde fois M°'® de Staël faisait précéder son retour en France d'une production littéraire. C'est Paris avant tout que visept les paroles qu'elle adresse à l'Europe: «Laissez-nous en France combattre, vaincre, souffrir, mourir dans nos affections, dans nos penchants les plus chers : renaître ensuite, peut-être, pour Tétonnement et l'admiration du monde... N'êtes vous pas heureux qu'une nation tout entière se soit placée à l'avant-garde de l'espèce humaine pour affronter tous les préjugés^ pour essayer tous les principes?».»

Rœderer répondit dans le Journal de Paris du 22 novembre au désir qu'exprimait l'auteur de rencontrer un jugement équitable de la part de la critique française. Son analyse systématique, faite selon le goût de l'époque, recommandait le livre comme le produit d'un esprit éminent, grandi dans des circonstances peu ordinaires, et se terminait par ces mots : a 11 nous reste à parler du style. Le talent d'écrire brille de toutes parts dans cet ouvrage, mais partout aussi on y rencontre de l'incorrection. La composition et la première édition d'un tel ouvrage ne pouvaient être mieux faites qu'en Suisse. C'est à Paris

* Rœderer, Œuvres, VIÏI, 647. Lettre de M«« de Staël, L«u8aDne, 20 août 4796.

* Rœderer, Œuvres, IV, 472.

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iqu6 les anus du goût et de la philosopliîe JsdlidtBDi Tauteur de faire la seconde »«

Mise au courant de la manière de voir de ses^mis, M"''' de Staêl j^épondit de Coppet, à la inême date, à son critique : a Vous» mon cher Rœderer, et M. Devaines, vous êtes donc d'avis que je ne sais pas écrire? De ces deux lettres, les seules que j'sd reçues da&s ce sens, je ne réponds qu'à la vôtre, car si vous persistiez je vous croirais. Qu entend-on par le style? N'est^e pas le coloris et le mouvement des idées ? Or trouvez-vous que je manque ou d'éloquence, ou de sensibilité, ou d'imagination ? 11 est bien ridicule de vous dire que je ne le crois pas ; mais il est pourtant vrai que je vous désignerais des morceaux de ce livre, si vous l'avez lu tout entier, auxquels ni mon père, qui ne me gâte pas^ ni d'autres que je pourrais citer, ni moi, enfin, qui me juge comme un tiers le ferait, ne peuveat refuser ces qualités. Direz-voua, comme la ville de Coppet, deNyonetdeMorges,qu'il y a de l'obscurité dans ce livre 7 Mais quel est Tottvrage pensé qui se lise comme un roman ?... Je crois fermement que l'ouvrage ne manque pas de style, c'est-à dire de vie et de couleurs, et qu'il y a dans ce qu'on peut remarquer autant d'expressions qae d'idée?). Cela ne m'empêche pas de vous demander instamment... de mettre des croix à côté de ce qui vous déplaît et de me réserver cet exemplaire, dont je me servirai avec scrupule et reconnaissance pour une nouvelle édition. En vérité je me crois sûre que l'auteur et irtoi nous sommes deux ; femme jeune et sensible, ce n'est pas encore dans Tamour-propre

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