CHAPITRE CINQUIÈME SlÇ
qu'on vit. Le temps ne vieiidra que trop tôt où mon livre sera le premier évéaement de ma vie ». '
M"' de Staèl tint parole. Rœderer ayant confié ses doutes litténûres au Journal cT économie publique ', qu'il dirigeait égaleadeuL, elle accueillit de la façon la plus aimable sa lounde critique et l'invita à poursuivre verbalement la discussion qui se trouvait engagée entre eux : « Clroyez », lui écrivit-elle, a que je vous aime de reconnaissance, de haute apinion et d'attrait ».'
Ils ne se retrouvèrent pas aussi tôt qu'elle le dé-' ^ait, car le Directoire mit toutes sortes de difficultés à son retour à Paris.
Les Jacobins» qui tenaient le gouvernail, étaient à son sujet sous l'impression des événements de Vendémiaire, et son dernier écrit n'était pas de nature à les adoucir. Les cinq Directeurs choisis expressément comme régicidas, qui avaient ordonné, par la loi du 18 janvier, de célébrer en qualité de fête nationale Tanuiversaire du « juste châtiment » de Louis XVI, pouvaient lire leur propre condamnation dans Tbommage adressé au roi. Ue plus W^^ de Staël avait travaillé avec un zèle infatigable à obtenir la délivrance de La Fayette. .\ la fin de 1796 elle essaya d'y parvenir à l'aide de Morris, alors à Vienne, qu'elle conjure dans deux lettres pressantes de payer ainsi la
* Rœderer, Œuvj^es, VIII, G51-655. Lettre de M»« de Staël, Coppet, 22 novembre 1795.
« Rœierop, Œuvres, IV, 473-495.
' Rœderer, Œuvres, VIII, 653. Lettre de M»^ de Staël, Coppet, 29 janvier 1797.
dette de son pays. * Le Directoire lui savait peu gré de sa tentative. Un mémoire justificatif de Sieyès, écrit par lui-même, qui donnait le ton de ropiDion régnante, contenait de si perfides insinuations contre son collègue de la Constituante, alors prisonnier, que La Fayette, dans ses Mémoires^ crut devoir y répondre et rappeler l'attitude passive de Sieyès à la Convention, pendant le règne de Robespierre, et sa complicité silencieuse à laquelle il ne trouvait pas d'excuses.
Morris, dont l'intervention était pdrvenue,en 1794, à arracher la marquise de La Fayette au bourreau, garda cette fois une attitude très réservée. Il répondit à Coppet que les attaques des amis du prisonnier d'Olmùtz contre le gouvernement autrichien avaient rendu très difficile sa médiation ; que d'ailleurs les hommes n'aimaient pas, on ne l'ignorait point, à reconnaître leur injustice. Le ministre ^.utrichien Thugut répliquait de son côté que l'Angleterre pouvait prendre en mains la cause de La Fayette ; on saisirait ensuite avec plaisir Toccasion de se débarrasser de lui, « and that the English may^ if they pleasCy let him loose m London » .Mais les Anglais restèrent passifs, et ce fut Bonaparte, en octobre 1797, qui réclama et obtint à Leoben la délivrance de La Faj^ette. Quant à M°* de Staël, elle n'avait réussi, en voulant sauver ses amis, qu'à accroître l'hostilité de ses propres adversaires. Le Directoire, à la vérité., évitait la persécution ouverte
Jared Sparks, Gouverneur MorrU^ I, 439 et 442.