‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 16 sur 280 · CHAPITRE PREMIER 3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 3l

à sa fille le trône héréditaire de Pologne après la mort dePoniatowski. Sur ces entrefaites, alors que les familles princières et les hommes d'Etat continuaient à jeter des regards avides sur le royaume de Pologne, le roi Gustave conçut la pensée aventureuse de renouveler rexpérience qu'un roi de Pologne d'origine suédoise avait tentée avant lui et de régner à la fois à Varsovie et à Stockholm.

A Berlin, où l'on avait toute raison de ne pas se prêter à une modification de l'ancienne politique et à un affermissement de l'Etat avec lequel la monarchie prussienne était en opposition séculaire, l'idée naquit de dresser contre la candidature de la maison de Saxe , à laquelle était assurée, même avant la déclaration officielle de l'empereur, Uappui de l'Autriche, la can didature du duc de Brunswick ou du duc suédois de Sudermanie. La circonstance, décisive pourtant, qu'en Pologne les passions religieuses avaient toujours joué le premier rôle dans la lutte des partis et que la situation d'un souverain protestant serait d'emblée impossible, ne fut point pesée dans ces conseils. Gustave III lui-même, le chef de l'Eglise luthérienne réformée de Suède, sembla l'oublier complé* tement lorsqu'il tenta de se substituer à son cousin, le duc de Sudermanie, sur le trône des Jagellons. En janvier-février 1791 il chargea Staël d'infonner de son dessein l'ambassadenr de Pologne à Paris, le comte Potocki. Gustave n'aurait pu faire un choix plus malheureux sous tous les rapports. Staël, en effet, ne s'étdt pas dissimulé dès le premier instant le manque d'avenir des projets de son souverain, qu'il

oe cherchait plus qu'à faire servir à ses vues parti. culières,et les Potocki, protégés de la cour de Vienne, étaient depuis longtemps acquis aux intérêts saxons. Quelques mois plus tard ils étaient à la tête du coup d'Ëtat du 3 mal. Sous les formules pleines de respect par lesquelles Staël informait son roi de Téchec des négociations de Paris, perçait Tironie, quand il le priait de chercher dorénavant des moyens plus propres à faire réussir ses grands et brillants projets J Gustave III ne les trouva point. Il ne fut plus question de la candidature polonaise, et toutes les pensées comme tous les efforts du roi appartinrent de nouveau à la formation de la coalition contre la France révolutionnaire. Le 4 avril, Taube écrivait à Fersen, au nom du roi, que toutes les dépêches de Staël étaient écrites au point de vue de la Révolution ; aussi Gustave n'en prenait-il depuis longtemps connaissance que pour voir où Ton prétendait en venir. Fersen était chargé d'avertir le roi et la reine de France de l'avis qu'il avait reçu de les assurer de toute la sympathie du monarque. '

Depuis le commencement de 1791, Fersen était occupé de projets de fuite relatifs à la famille royales ; il envoyait à ce sujet des mémoires à Gustave III et correspondait avec Breteuil '. A ce moment arriva

* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 190-193, n»« 185-187. — * Sybel, Histoire de VEu^ rope pendant la Révolution française, I, 155 et 255-273. — Sorel, L'Europe et la Révolution française, II, 212-218.

* Kliockowslrom, Le comte de Fersen et la cour de France, I, introduction, 40.

» Klinckowstrôm, Idem, I, introduction, 60.

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