CHAPITRE CINQUIÈME
vue financier, mais aussi au point de vue politique. Dans la lettre à Rœderer que nous venons de citer, sa femme parle déjà de deux cent mille francs de dettes, alors qu*il possédait à peine le tiers de cette somme en rentes ; dans une autre lettre au précepteur du jeune roi^ Nilsde Rosenstein, elle réduit le montant de ces dettes à cent cinquante mille francs, en ajoutant que les deux tiers ont été dépens s dans rintérèt du régent et sur son désir. Les ciiconstances ne pennettaient plus à Necker de coipbler le déflcit. et un tiers de la dot de sa fille avait déjà servi, au lendemain du mariage, à éteindre les dettes de son gendre. Celle-là, qui de tout temps administra sa fortune avec un ordre sévère, possédait encore en commun avec son mari, dans le voisinage de Paris, des biens sur la vente desquels elle comptait pour assurer Tavenir de ses deux ûls. A ce moment, l'accession prochaine au trône de Gustave- Adolphe IV fit espérer à Staël un changement favorable dans ses affaires, ses rapports avec le duc-régent étant devenus de tout point intolérables.
Vers la fin de la régence, le parti qui penchait pour la Russie avait essayé, avec un redoublement d'énergie, d'opérer l'alliance russe et de marier Gustave- Adolphe à la petite-fille de Catherine, la grande duchesse Alexandra. Les intrigues et la résistance à la politique française du duc de Sudermanie, dont l'àme était la comtesse de Saint Priest, une émigrée réfugiée à Stockholm, prirent un tel degré d'acuité, que le Directoire, qui en juillet encore avait répondu à une note du baron de Staël parles pluschaleureu-
ses assjirances d'amitié \ ne crut pas devoir ignorer plus longtemps ces attaques et rappela son représentant à Stockholm, le citoyen Le lîoc. Le duc-régent, dont les ^.nciennes sympathies pour la France avaient reçu une rude atteinte à la suite du refus des subsides demandés par lui, envoya alors au baron de Staël ses lettres de rappel et conQa la direction de ratiibassade de Suède à Paris à un chargé d'affaires, le baron Rehausen. Mais Staël, comptant sur unchangeiDent de gouvernement, qui semblait imminent, osa entrer en résistance ouverte contre le duc ; il engagea le Directoire à différer la réception de son successeur, et resta à son poste.
Les événements qui dans l'intervalle avaient eu lieu à Saint-Pétersbourg pouvaient le confirmer dans son espoir de gagner cette audacieuse partie. Le jeune roi s'était rendu en août auprès de Timpératriée. 11 s'éprit à cette occasion d'une vive inclination pour la belle grande-duchesse que la raison d'Etat lui destinait pour épouse. Catherine, qui s'était enfin sérieusement décidée à mettre, au lieu de simples conseils, une armée à la disposition de la coalition, désirait ce mariage, qui fut fixé au 21 septembre. On sait comment, au dernier moment, quand tout le monde était déjà réuni pour la solennité, Gustave refusa de signer le contrat que lui présentait le ministre MarkofT, parce qu'il y trouva stipulé que la future reine de Suède resterait dans la comnmnion de l'Eglise grecque. 11 se tint pour trompé,et demeura
< Mallet du Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne, II, 132.