‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 151 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME 32b · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME 32b

sourd à toutes les représentations et aux prières par lesqueUes on tftcha de le concilier. Âpres avoir longtemps et vainement attendu le iSancé» les invités quittèrent le palais dans la plus grande confusion, et Ton ramena chez elle» privée de connaissance, la jeune princesse, qui fit une maladie dont elle manqua mourir. Gustave quitta immédiatement Saint-Pétersbourg. Quant à Timpératrice, elle fut saisie d'une si violente colère, que sa constitution, très vigoureuse jusque-là, reçut le premier coup et qu'une légère attaque d'apoplexie précéda la catastrophe qui, le 17 novembre suivant, mit fin à sa vie.

Cependant, si cet épisode semblait devoir ajourner pour longtemps Talliance entre la Suède et la Russie, on n'était pas pour cela disposé à Stockholm à accepter la conduite de l'ambassadeur à Paris.Le 1*' novembre, le jeune roi, sous le nom de Gustave-Adolphe IV, prit les rênes du gouvernement. Presque immédiatement après Staël reçut du chancelier comte de Sparre l'ordre de quitter dans les trente-six heures la capitale de la France . En même temps ,1e gouvernement suédois déclarait au Directoire que,au cas où Rehausen ne serait pas accepté comme agent diplomatique^ il ne reconnaîtrait plus la République française et enverrait ses passeports au nouveau représentant de la France à Stockholm, PçrrocheL Cette attitude énergique ne manqua pas son effet. Le nouveau chargé d'affaires remit ses lettres de créance sans se heurter à d*autrès difficultés. Le Directoire offrit le poste d'ambassadeur à Stockholm au général Pichegru^ devenu très gênant pomr lui ; msds celui-ci ne l'accepta pas.

Quant au baron de Staël, il alla bientôt rejoindre les siens à Coppet/ A en juger par sa correspondance et d'après l'exposé que, depuis qu'elle était en Suisse, son mari lui avait fait de l'affaire, M*"* de Staël ne s'attendait pas à ce dénouement. Le jour même de Tavénement de Gustave-Adolphe au trône, elle lui avait fait remettre par Nils de Rosenstein un exemplaire de son dernier ouvrage. A Tinstant, ajoutaitelle, où le livre de la destinée s'ouvrait pour le jeune roi, son livre à elle lui paraîtrait bien insignifiant, mais les temps nouveaux avaient éveillé chez elle aussi de nouvelles pensées. Elle exprime incidemment l'espoir d'un changement favorable dans la situation pénible de son mari. Vu l'état des communications d'alors, il fallut plus de cinq semaines pour qu'on apprit à Coppet que la disgrâce du baron de Staël avait été un des premiers actes du nouveau gouvernement. Presque en même temps on y reçut la nouvelle qu'on songeait à Paris à faire expulser de la Suisse tous les Français. « Des orages dans les tombeaux », écrivait M™'* de Staël, « c'est trop cruel. Au lieu de l'intérêt. dans le calme, c'est de l'agitation dans le vide. Morte ou vive, je veux passer l'hyver ici, M. de Staël y arrivant » . *

Nils de Ro3enstein était depuis des années en cor-

^ LéouzoQ Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, iatroduction. — Rœderer, Œuvres, VIII, 652-653. Lettres de M"« de Staël, décembre 1796 et avril 1797.

^ M°><> de Staël à Meiste.r (lettre non datée, mais qui se place ici). Lettres inédites en la possession de M. le docteur Th. Reinhart.

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