CHAPITRE CINQUIÈME
respondar.ce av3c M"' de Staël et devait, en grande partie, sa situation à son mari. Elle compta sur son dévouement pour obtenir du moins de la justice du roi le dédommagement des sacrifices pécuniaires que Staël avait faits dans Tintérôt du régent son prédécesseur ; ^ mais ses efforts à ce sujet demeurèrent inutiles. Quoique le mécontentement du monarque se fût calmé plus tard et que Staël remplît encore un moment, en 1798, les fonctions d'ambassadeur de Suède à Paris, il ne reçut que le payement de sa pension, et sa situation financière devint de jour en jour plus embarrassée. Son retour et celui de sa femme à Paris, facilité par Fintervention de Barras, * ne fut possible qu'au printemps. Des lettres écrites par M"* de Staël en avril i797, d'abord de Genève, puis d'Hérivaux, un domaine des Montmorency situé dans le Vendômois, où elle passa quelque temps auprès de son ami Matthieu, permettent de la suivre.
Pendant ces dix-huit mois d'absence, deux événements avaient ténu à Paris la première place. L'un était le choix qu'avait fait Gamot de Bonaparte pour le commandement en chef de l'armée d'Italie, l'autre était la conspiration de Babeuf.
En 1796, date de la première campagne d'Italie, les guerres de la Révolution changèrent de caractère» Pour la première fois depuis que le drapeau tricolore avait passé les frontières de la France, un souffle li-
* Correspondance de M"« 'le Staël avec Nils de Uosenstein^ appartenant à la bibliothèque de TUniversité d'Upsal. Lettres du l" novembre et du 6 décembre 1796.
« M"»» de Staël, Considérations , XIII, 184.
bérateur de véritable affranchissement faisait ondoyer ses plis.
Le délire républicain des populations du Rbin à rentrée des arméef^ révolutionnaires avait fait place rapidement à un repentir tardif et à des plaintes stériles contre les exactions et le joug tyrannique des étrangers. Sur la Belgique pesaient d^un poids insupportable les lois révolutionnaires, et les soldats de la République dévoraient le pays. Dans l'Italie seule il en était autrement. Depuis que le commandement suprême y était aux mains du vainqueur de Vendémiaire, on avait atteint le point où le génie politique s'alliait au génie militaire pour inaugurer la dernière phase de la Révolution. Le sang italien qui coulait dans les veines de Bonaparte était bien le même que celui qui faisait battre le cœur de l'Italie, et jamais ce fils des vieux condottieri n'y fut regard*comme un étranger. Dans la ville royaliste de Turin et au fond des montagnes de Savoie, on pouvait déplorer les victoires françaises ; msds la haine contre l'Autriche, même chez un Joseph de Maistre, était toujours encore plus forte que celle qu'inspiraient les armées républicaines. A Bologne et à Milan^ le vainqueur de Montenotte, de Millésime et de Lodi était salué comme un libérateur! Sur les champs de bataille italiens, Bonaparte déploya toute la séduction de sa personnalité et prit pied dans l'histoire. Qn n'oublia pas au-delà des Alpes qu'il avait traversé le pont de Lodi au cri de : « Vive l'Italie I » .Sur ce sol classique de la politique et de la civilisation européennes il apprit à mépriser « les avocats du Directoire » ^ et à associer la cause de la Ré-
* Miot de Melito, Mémoires^ l, 163.
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