‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 153 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

volution à des projets viables. 11 ne tint pas compte des ordres de Paris qui venaient se mettre à la traverse, et annonça laconiquement que dans le petit royaume de Piémont il n'avait pas trouvé d'éléments révolutionnaires. * 11 ménageait les sentiments religieux du peuple et songeait dès ce moment à former un Concordat entre Ron^e et la Cisalpine, au lieu de transplanter,comme le voulaient les Directeurs, la persécution religieuse sur le sol italien. 'Le commandant eu chef, écrivait-il à Paris, doit être le centre de tout. 3 « L'armée du Rhin », dit à ce propos M"* de Staël, « était celle de la République française ; Tannée d'Italie était celle de Bonaparte »/ Son ascendant personnel et l'action de cette impulsion individuelle sur les âmes étaient tels, que la légende qui, en Italie, ne tarda pas à s'emparer du nom de Bonaparte, trouva en Allemagne un public complaisant. Les mêmes organes de l'opinion qui avaient infatigablement combattu la Révolution ne la i^connurent pas dans le plus grand des révolutionnaires, entretinrent leurs lecteurs de sa générosité, de son humanité, et célébrèrent « le favori de la fortune ». Le bruit de sa mort s' étant un jour répandu, ou faisait dire à un Allemand : a Bonaparte mort ? Je vois bien que vous ne ^ le connaissez pas ! i\ • ^

« * H. Reuchlin, HUtoire d^Ualte, 1, 18.

^ Gourgaud et Montbolon, Mémoires pour servir à l'kistoire de France sous Napoléon. Six notes sur Touvrage de De Pradt : Les quatre Concordats, I, 113, 184.

» Lettre de Milan, 8 octobre 1796.

♦ Ma» de Staël, Considérations, XIII, ili.

» • Almanach de la Révolution, 1801, 140; 1802, 209 et 212.

L'incapacité du Directoire et la conspiration de Babeuf accrurent l'enthousiasme qu*il inspirait.

Leproblèifie fondamental delà Révolution, — la nouvelle répartition delà propriété, — revient à chaque page de son histoire. Le mot de Barère, d'après lequel « ceux qui n'aiment pas la Révolution doivent payer pour ceux qui la font » ; la réponse de Sieyès réfutant l'objection que « son système a pour but l'anéantissement de la propriété » , par l'affirmation qu'il a voulu seulement un « changement de propriétaires », — ce sont là les traits principaux qui marquent les étapes de la sagesse politique de la Constituante et de la Législative, de la Gironde et de la Montagne en fait de réforme sociale. Grâce à une théorie en vertu de laquelle l'inviolabilité de la propriété dépendait de l'orthodoxie des opinions et qui sacrifiait à la suprématie du Tiers l'ordre social fondé jusqu'alors sur les différences de clnsses, la législation révolutionnaire prit les devants. La Constituante dépouilla, sans dédommagement équivalent Je clergé de ses revenus, confisqua les biens ecclésiastiques et laissa s'organiser sur tous les points de la France, par six jacqueries consécutives et d'incessantes violences isolées, l'attaque contre la propriété. La Législative, naturellement, alla plus loin dans cette voie. Le 9 novembre 1791, elle décréta )a confiscation des biens de tous les émigrés qui ne seraient pas rentrés le {"janvier 1792, et, vingt jours apns, lasuppression du traitement de tous les prêtées qui refuseraient le serment, quoique personne ne sût mieux que les maîtres d'alors que les premiers ne pouvaient revenir

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