CHAPITRE CINQUIÈME
sans risquer leur tête, et, lés autres, prêter serment sans blesser leur copscience. Mais en même temps, et tandis qu'on donnait à la nation, par une atteinte aussi monstrueuse à la propriété, tous les moyens de s'enrichir, la Constitution de 1791 continuait à soumettre le droit électoralà certaines conditions de cens, qui, si peu élevées qu'elles étaient, créaient la distinction entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. Ceux qui avaient encore quelque chose à sauver , par conséquent la majorité de la nation, s'abritèrent en attendant sous le texte delà Constitution, -=- sous la fiction d'une royauté encore viable, — et se confièrent à la protection de la garde nationale. C'est alors qu'intervinrent les véritables représentants de l'idée révolutionaire, les Jacobins. Si la majorité des Français se contentait de rester à mi-route et de remplacer une hiérarchie sociale par une aristocratie financière, les ordres privilégiés par une bourgeoisie aisée, c'est qu'elle s'était détachée de la Révolution et n'avait plus aucun droit à se dire ou à être le peuple souverain.
Ceux qui le devinrent à partir de ce moment, ce furent ceux qui, n'ayant rien à perdre, se laissèrent entraîner par les fanatiques entètt^s de leur utopie. Ce furent eux qui à la définition de citoyen opposèrent ceUe de peuple et menèrent désormais la France par les clubs et la populace parisienne. Par la triple puissance du terrorisme aux tribunes de l'Assemblée législative, aux élections et dans la presse, ils livrèrent une guerre à mort à l'œuvre de la Constituante, qui voulait gouverner le peuple souverain, après avoir
par lui anéanti tout gouvernement. Ainsi se révéla le Jacobin comme type unique et comme la logique incarnée de la Révolution, car lui seul était prêt à pratiquer jusque dans ses dernières conséquences le principe affirmant l'égalité complète des individualités. Ce fut des rangs de la Législative et des bancs de la Gironde que retentit la première attaque directe contre la propriété. Brissot, le véritable auteur du fameux axiome : « La propriété c'est le vol », nomma dans l'Assemblée même « les sans-culottes la partie saine.de la société, les riches la partie corrompue ». Robespierre voulait qu'on fixât le maximum de la rente à trois mille livres; Pétion, étant maire de Paris, dénonça la bourgeoisie, pour laquelle la Révolution était devenue la guerre de ceux qui possédaient quelque chose contre les autres qui ne possédaient rien.
Dans les clubs,écrit Rœderer,on dirigeait les prolétaires contre la France,comme contre uneproie. Ce que la Gironde avait recommandé de faire, la Montagne le fit. Sous le règne de Robespierre, non seulement une naissance distinguée et Téducation, mais encore la fortune étaient des crimes dignes de mort. Lavoisier se vit refuser le délai de quinze jours dont il avait besoin pour achever une expérience scientifique. Andrii Chénier, le chantre de 1789, fut jugé par des hommes qui ne savaient pas écrire. Comme par l'irrésistible impulsion d'une force physique lâchée, ridée d'égalité, pénétrant les unes après les autres toutes les couches sociales, était arrivée à la dernière de toutes^ le prolétariat. Le citoyen de 1789, le