CHAPITRE CINQUIÈMB . 33g
à eux la nécessité de tout mettre en œuvre pour leur salut. Un premier point était gagné, si Ton parvenait à prouver au pays que le repos auquel il était prêt à sacrifier tous les autres biens était beaucoup plus menacé, après l'écr^C^ement du soulèvement dans l'Ouest, par les partis monarchiques que par les Jacobins. Les preuves à Tappui ne manquaient pas.
L'impossibilité de s'entendreavec le prétendant avait poussé des royalistes modérés à entrer en rapports avec les d'Orléans. La chose alla assez loin pour que le comte de Provence accusât les hommes d'Etat de r Angleterre çl'avoir appuyé secrètement ces desseins.* Mais ces plans se préoccupaient si peu des intérêts de la maison de Bourbon, que Ton vit surgir en même temps les noms de princes étrangers, particulièrement celui d'un Infant d'Espagne et d'un archiduc d'Autriche, qui en ce cas devait être marié à Bladame Royale, la fille de Louis XVI ; de plus, des personnalités telles non seulement que Pichegru et Delaru, mais que Tallien et Sieyès, étaient mêlées à ces combinaisons monarchiques. ' Un seul toutefois se compromijt : ce fut l'abbé Brottier, agent général du prétendant à Paris. Il offrit aux Directeurs l'occar sion désirée de l'arrêter pour tentative d'embauchage d'officiers, de le condamner à mort, puis de transformer cette peine en un emprisonnement. On avait
' Mallet do Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne, II, 23, 35» 87. — André Lebon, L'Angleterre et l'émigration, 205, 206 et 214.
* Thareau-Dangin, Royalistes et républicains : Du 13 Vendémiaire au 18 Brumaire. — André Lebon, V Angleterre et Vémigraiion, 148 et 156.
ainsi atteint le but que Ton se proposait: effrayer les citoyens paisibles par la démonstration de conspirations royalistes et assurer par là, aux prochaines élections, leurs voix au gouvemement ; malgré toute leur haine personnelle pour le Birectoire, ils préféraient en efTet l'état de choses présent aux dangers d'une réaction. Pas plus qu'auparavant, les partisans delà monarchie n'avaient à présenter de candidat offrant de sérieuses garanties et prêt à repousser les prétentions élevées au nom des princes en cas d'une restauration. * On n'avait donc plus qu'à choisir entre deux extrêmes, et la prudence conseillait aux adversaires de la République eux-mêmes de s'entendre plutôt pour le moment avec celle-ci que de se précipiter dans des aventures dont on ne pouvait prévoir lafm.
Cette conviction se fait jour dans les lettres de M»« de Staël à Roederer, son confldent politique d'alors. 11 avait combattu dans le Journal de PariSy qui livrait une guerre incessante aux terroristes, l'élection de Merlin de Dousd, un homme d'extrême gauche, qui un an auparavant, au Conseil des Cinq Cents, avait dit tout haut au baron de Staël, en lui frappant sur l'épaule, qu'il était temps d'expulser tous les espions et agitateurs politiques de son espèce. ' ce Eh bien I », répond M"' de Staël, « M. Merlin est tout ce que vous nous dites, et nous le savons;
^ Mallet du Pan, Mémoires et Correspondance inédite* avec la cour de Vienne^ II, 229.
^ Maliet du Pan, Correspondance inédite avec la cour de Vienne, II, 9.