‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 159 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

mais il est bien question de ce parti vaincu quand Tautre triomphe, et triomphe et contre vous et contre la liberté ! Vous ressemblez à des gens qui, pour se donner une contenance* continuent à frapper en l'air d'un côté pour n'être pas obligés de regarder de Vautre. M. de Vauvilliers devait être acquitté, sans aucun doute ; mais doit-il être nommé député parce quïl a fait un ouvrage contre la représentation nationale ? M. Bourlet doit être laissé tranquille ; mais lorsque, dans le département de Seine-et-Oise, il est en concurrence avecLacretelle, faut-il qu'il ait la préférence seulement parce qu'il a été valet de chambre de M* le comte d'Artois 7 M. de tfurinais ne s'est sali dans aucune assemblée : voilà ses propres paroles; est-ce une raison pour le nommer?... Et que vous faut-il donc de plus pour apprendre que vous avez quitté la ligne et que vous poussez un char qui se précipite ? — Je ne suis pas, je croîs, la favorite des républicains ni du Directoire ; mais ne voyezvous pas qu'en les perdant vous vous perdez ? Je sais tout comme vous ce qu'il y a à dire contré eux ; mais ils manquent de lumières, et vous les éclaireriez; mais ils sont souvent injustes, et vous les guideriez ; mais vous«eriez à leur tête, et, quoi que vous fassiez, à peine vous tratnerez-vous à la suite des autres» Que vaut-il mieux de ceux à qui l'on pardonne ou de ceux par qui l'on est pardonné? Que vaut-il mieux de ceux sur qui l'on a tous les avantages ou de ceux qui se les croient tous sur vous? Il y a quelquefois du danger avec les républicains ; mais les autres versent par torrents sur vous la. déconsidération. Voyez

comme ils traitent M. de Hontesquiou, quoique toute cette année il ait professé des opinions qui leur plaàsent I Et Fabbé Morellet I C'est d'avant la Révolution que datent ses torts ; il a écrit, il a pensé, et toutes ses abjurations, depuis, n'ont pu l'en laver.

<c Je sais que vous vous êtes montré très noblement et très habilement en refusant toutes les places à l'avance ; mais voulez-vous vous vouer à ne faire qu'écrire jusqu'au moment où la contre-révolution détruira les journaux et la liberté de la presse 7. . . Si Ton veut non pas être accueilli, mais supporté, il n'y a rien de si sûr qu'en soutenant les républicains. On est à leur tête... Ce n'est pas une monarchie modérée que Ton voit prête à succéder à la République, c'est tme monarchie plus despotique que celle de 1788, — parce qu'il n'y a plus d'opposition contre elle dans la masse du tiers-état. Les républicains ne sont pas aimables, j'en conviens ; mais qu'importe ce qu'ils sont lorsque la liberté périt de toutes parts? Vous ressemblez aux Girondins, qui, menacés par les Jacobins, criaient sans cesse au royalisme ; il n'y a de danger que du côté de l'aristocratie, et là est la haine éternelle, là est un état de choses qui ne changera plus quand il sera établi, et une destruction morale de tous les hommes de votre opinion, une destruction morale telle que je ne connais, quant à moi, aucun péril physique que je ne préférasse ' ».

Comme post-scriptum à cette lettre décisive pour son point de vue politique d'alors, M"''* de Staël priait*

^ Rœderer, Œuvres, VIII, 654. M»« de Staël à Rœderer, H, (Hérivaux), 15 avril 1797.

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