‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 160 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Rœderer de signaler dans lapresse une brochure de son ami Benjanain Constant Sur les réactions poliiigues.

Ce dernier avait partagé son temps entre Paris et la Suisse, où il faisait de fréquents séjours à Goppet. Dans la capitale, on le comptait parmi les plus fervents admirateurs de Julie Talma, lafemme dugrand tragédien. * Un de ses cousins au service de F Autriche, Charles de Constant, le trouva en mai 1796 dans Tint! mité des « faiseurs » ou o mignons » du Directoire. Bergoin, Riouffe, Héchin, Foulet, Julien et autres. Il offrit en leur société à son cousin un déjeuner dont le ton étonna si fort celui-ci, cpie Benjamin, le remarquant, dit d'un ûr de dédain que c'étaient pourtant là les courtisans de ce Directoire qui tenait l'Europe en échec. * C'est à cette époque qu'il composa une brochure intitulée: De la force du gouvernement actuel de la France et de la nécessité de s*y rallier, que le Directoire fit reproduire en entier dans le Moniteur. ' En avril 1797 suivit l'écrit sur les Réactions politiques^ destiné à influencer les votes en faveur des institutions républicaines. Parce que la Révolution, y était-il dit entre autres, qui au début était dirigée contre les privilèges, a dépassé le but et attaqué la propriété, une opposition violente s'est élevée contre elle. Non pas, il faut l'espérer, une Révolution nouvelle, mais la plus grande pru-

^ Arnault, Souvenirs d*un sexagénaire, II, 132. — Sainte- Beuve, U^^ de Staël. Causeries du Lundis XI, 438.

> Charles de Constant, Paris à Vépoque du Directoire. Bibliothèque Suisse, 1834, I, 284.

'Qranierde OhssdLgndLCf Histoire du Directoire, II, 301.

dence et une sagesse réfléchie pourront seules empêcher le retour des privilèges.

Des doctrines identifiées plus tard avec celles de l'auteur se trouvent indiquées ici pour la première fois.

La phrase signalée par Rœderer que tout gouvernement doit s'appuyer sur des principes inaltérables résultant de certains faits, et non point sur des intérêts privés qui ne reposent que sur des préjugés ou des habitudes, cette phrase est déjà tout à fait doctrinaire. Benjamin Constant la commente en établissant une. comparaison entre la doctrine des droits héréditaires et celle de l'égalité, et conclut en affirmant qu'un principe reconnu pour vrai nedoit jamsds être abandonné par crainte de certaines conséquences dangereuses. Il faut au contraire le proclamer comme immuable et le mettre en harmonie avec d'autres principes qui s'y rapportent, afin de l'améliorer et de faciliter ainsi sa mise en pratique.

Ce n'était pas tout à fait le même point de vue que celid de M""* de Staël, qui était loin d'adopter aveuglément les idées de son ami. Elle le défendait contre l'accusation de souhaiter une intervention des Jacobins ; mais elle le trouvait trop dur pour les fautes des gens bien intentionnés, trop complaisant pour les autres, et étsdt d'avis que ses distinctions trop subtiles prouvaient précisément qu'il avait tort. « Ma vie est à mes amis », ajoutait- elle^ << mais non mon opinion, et jamais je ne dévierai de la ligne que vous me paraissez suivre plus exactement que personne ' )».

* Rœderer, Œuvres, VIII, 653 et 656. M»* de Slaêl, à Rœderer, 15 avril et 17 juillet 1797.

Page 1