‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 17 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la condamnation de la constitution civile du clergé par le pape. Les démonstrations tumultueuses qui eurent lieu à Paris contre les ecclésiastiques décidèrent la famille royale à aller faire ses Pâques à Saint- Cloud, auprès d'un prêtre insermenté. Mais on s'opposa à sa sortie des Tuileries, la populace l'insulta pendant plusieurs heures, et La Fayette, auquel la garde nationale avait en cette circonstance refusé d'obéir, donna, puis reprit bientôt sa démission. Staël écrivit à son souverain que cette journée avait effacé la dernière trace de respect envers le roi et qu'elle avait été plus fatale pour lui que le 14 Juillet même. Trois fois La Fayette avait en vain donné à la garde nationale l'ordre de laisser passer la voiture royale. Ce n'était plus une faction, comme jadis, mais Paris tout eatier qui avait cette fois déclaré le monarque coupable, en ne lui laissant que Talternative de se soumettre ou de se démettre. La reine s'était montrée plus courageuse encore que lui et avait dit aux grenadiers, en se tournant vers eux, que maintenant personne n'oserait plus prétendre qu'elle et les siens étaient libres. L'ambassadeur ajoutait sur un ton d'avertissement que l'apparition de troupes étrangères aux frontières comblerait la mesure. Pour sauver sa vie, Louis XVI devait ou quitter Paris ou faire alliance avec la Révolution. * Tenu dans une ignorance complète au sujet des préparatifs de Fersen, la veille même de la fuite à Varennes il offrait encore au roi les services d'un des chefs de la Révolution,

* LéouzoQ Le Duc, Correspondance diplomalique du baron de Slaél, 198-199, n» 193.

qui, selon toute vraisemblance, n'était autre que Danton, le futur ami de Staèl. ^

En même temps, la reine elle aussi avait triomphé de ses dernières hésitations. Du même jour que la dépêche de Staël est datée la lettre qu'elle adressait h Mercy et où elle déclare que la vie du roi et la sienne sont menacées par cette même garde nationale qui devait les défendre, où elle réclame la concentration d'un corps d'armée à la frontière belge, et recommande jusque-là une soumission apparente comme la seule politique possible. «Notre sHuation est affreuse )) , dit-elle en tenninant, « elle doit cesser ; le roi le désire plus vivement encore que moi ». *

On agit conformément à ce programme, que l'empereur Léopold acceptait. Louis XVI, sans hésiter plus longtemps et sur le désir de l'Assemblée nationale, déclara au pays et à l'Europe qu'il était libre, et prit ensuite la peine bien superflue de faire contredire cette assertion à Berlin, par des agents secrets. Sieyès continua, après Mirabeau, à envoyer des notes à la cour. » Il était -devenu inquiet depuis l'automne de 1789 et s'efforçait d'opérer un groupement de députés de toutes nuances, des deux Lameth avec leur bête noire La Fayette, de Pétion avec Barnava, en vue du salut de la monarchie et du rétablissement de l'entente avec le roi. Immédiatement

* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 207, n^ 202.

* • Arneth, Marie-Antoinette^ Joseph II et Léopold IL Correspondance, 155, 20 avril 1791 ; 173, 6 juin 1791.

* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, III, 129-161.

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