CHAPITRE CINQUIÈME
accusaient de réclamer, sur les consdls de Talleyrand, des déportations en masses ^ Comme jadis les Acies des Apôtres de Rivarol, une feuille du même genre. Le Thé^ attaquait maintenant W^ de Staël dans son honneur, et cela d'une manière dont la conclusion du 29 juillet 1797 donnera quelque idée : c( Cessez, lui disait-on, de vous livrer à une rage impuissante. Ne vous mêlez plus à ces assemblées publiques où le crime est à l'enchère, le trône promis au plus offrant. La Suède vous réclame, vos devoirs conjugaux vous attendent. Mais si, au contraire, la vie vous a été donnée, comme aux filles des ténèbres, par TAchéron et par la nuit, alors retournez dans l'empire des ombres. Votre place est auprès des furies I » .
Ce qui était impossible auprès des royalistes, M"** de Staël le tenta auprès des Thermidoriens. 11 lui parut utile, entre autres choses, de rapprocher l'un de l'autre Benjamin Constant et Thibaudeau, passé dans les rangs des modérés.
On cherchait à convaincre le député républicain, mais hostile au Directoire, delà nécessité de modifier sa tactique et celle de ses amis eu faveur du système régnant. On lui dit que si l'on ne parvenait pas à assurer une majorité au Directoire, on poussait celui-ci à un coup d'Etat dans le sens des terroristes. « Pour éviter cette attaque et ramener le Directoire, il faut donc former une majorité républicaine dans les conseils ; pour celui des Cinq- Cents, cela dépend tout à
* Granier de Cassagnac, Histoire du Directoire ^ II, 312- 313. — Barthélémy, Mémoires, 71-74.
fait de vous. Ralliez-vous avec vos amis à la minorité, à Debry, Chazal, Gbénier. Yous êtes dans une fausse poaition, vous donnez la majorité tantôt à un parti, untôtà l'autre ; fixez cette majorité du cdté du Directoire... Que ferez-vous si la majorité arbore le drapeau blanc ? ». « Je me réunirai aux députés fidèles », répondit Tbibaudeau, qui se déclarait prêt à mourir pour sa cause et persistait à croire que le temps des conventionnels était passé, que le Directoire se rangerait du côté des constitutionnels. ' Il espérait alors, comme Pichegru, trouver dans la garde nationale réorganisée une protection suffisante contre les partis extrêmes ; il cherchait à gagner du temps et justifiait sa conduite par la désunion qui régnait dans le conseil des Cinq-Cents, au sein duquel, suivant lui, un parti nlnclinait vers la monarchie que pour renverser le Directoire. Talleyrand n'en obtint pas davantage. Ce fut plutôt la politique de Thibaudeau et celle de Benjamin Constant qui maintenant l'emportait chez M"**" de Staël et la faisait pencher à gauche. C'est que la fille de Necker avait fait une expérience qui manquait à la génération venue un peu plus tard. N'avait- elle pas vu, moins de huit années auparavant, comment les monarchistes constitutionnels de 1789, puis, en 1790 et 91, les constitutionnels de l'école de Mirabeau et de la couleur de Bamave, avaient voulu fonder la monarchie constitutionnelle,et avaient abouti à la République? Maintenant les membres du club oppositionnel de Clichy ou les modérés
^ Thibaudeau, Mémoires^ II, 210 et sqq., et 264.