‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 165 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

du genre de Portalis ou de Pontécoulant réclamaient avec une égale sincérité la garantie de la Constitution et la liberté légale ; mais en cas de succès, ils n'auraient pas été poussés moins logiquement à établir la monarchie. En effet, pour citer un mot des Considérations^ (c dans les dissensions civiles, les hommes finissent toujours par prendre les opinions dont on les accuse».^

Tandis que les partis se laissaient deviner sans aboutir à une solution décisive^ la désunion régnait au sein du Directoire lui-même. Garnot et Barthélémy aspiraient à une entente pacifique avec la représentation nationale ; Barras, Rewbell et La Reveillf^re faisaient appel à Bonaparte. Celui-ci se tenait prêt. Brouillé avec les modérés à cause de la destruction de la République vénitienne, fermement résolu à ne pas devenir un Monk pas plus qu'à laisser ce râle à un autre, et rempli d'un mépris plein de colère pour le Directoire, il s'était depuis longtemps prononcé pour le maintien du système qu'il pouvait renverser à son choix. ' Les adresses de Tarmée d'Italie à l'occasion de la fête du 14 Juillet portaient : Mort aux traîtres l et maintien de la Constitution ef de la République. Entre le 13 Vendémiaire et le moment présent il y avait les victoires d'Italie, et celui qui les avait remportées ne trouvait plus nécessaire de descendre une seconde fois dans la rue. Il envoya le Jacobin Auge* reau, un soldat infatué de lui-même, accomplir à sa place la besogne, qu'en juillet déjà Hoche, non moins

* M-« de Staël, Considérations, XIII, 175.

* Miot de Melito, Mémoires, I, 170, 189-191.

prêt, avait manquée par suite de TindécisioD du Directoire. Le iO août Augereau prit le commandement de la garnison de Paris. Un cordon de troupes, renforcé de douze mille hommes de l'armée de Sambreet-Meuse, fut établi autour de la capitale ; on appela à Paris, de toutes les parties du pays, des Jacobins auxquels furent conHés emplois et honneurs ; quant à la représentation nationale, elle était accusée chaque jour de trahison.

Le coup d'Etat était j>réparé ; seul le jour de son exécution n'était pas encore fixé.

La mauvaise volonté et Tindifférence des bourgeois* de Paris ayant retardé la réorganisation de la garde nationale, Topposition ne dispostiit que de la garde du Corps législatif, et beaucoup de chouans étaient en outre présents à Paris. Avec cette faible force armée, se racontait-on, Pichegru et son ami le général Villiot songeaient à cerner le Luxembourg, à désarmer la garde directoriale et à s'emparer des trois Directeurs, mais seulement après que ceux-ci auraient été décrétés d'accusation par le Conseil des Cinq-Cents. S'agissait-il là d'un plan définitif ou d'un simple bruit, comme il en circulait tant à Paris pendant ces dernières semaines, c'est ce qu'on ignore. D'après les uns, il se trouva un traître, le prince de Carency, pour courir chez Barras le soir du 3 septembre et lui indiquer que l'exécution du complot était fixée au lendemain ; d'après les autres^ toute la conjuration était une histoire imaginée par le ministre de la police, Sotin,afin de forcer la main aux Directeurs hésitants. '

* * Sybel, Histoire de L'Europe pendant la Révolution franr

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