CHAPITRE CINQUIÈME
antagoniste de la Révolution '. Burke était mourant, quand, avec l'indifférence pour les défaites politiques qui caractérise parfois les hommes d'Etat anglais, Pitt envoya lord Malmesbury à Lille pour traiter secrètement avec Carnot, Barthélémy et Talleyrand *, et officiellement avec le Directoire, de cette paix que M"**" de Staël, entre autres, avait réclamée de lui comme un acte de haute sagesse politique. Cette fois l'ambassadeur anglais était incontestablement assuré du succès, quand le coup d'Etat du 18 Fructidor vint détruire ses espérances. Un témoin oculaire lui décrivait quelques jours plus tard la condamnation des députés arrêtés en dehors de toutes les formes légales ; la suppression des deux Directeurs sans qu'on eût prouvé leur culpabilité ; la modification de la Constitution d'après les principes des- conventionnels et l'établissement d'un pouvoir exécutif despotique qui proscrivait tous ses adversaires, sans distinguer entre eux ®. En vain prétendait-on avoir voulu défendre la République contre les conspirations monarchistes ; la vengeance des vainqueurs s'exerçait sur les partisans les plus sincères de l'ordre légal comme sur ses plus dangereux ennemis, et il ne s'agissait plus, comme on Ta dit, « de sauver la Révolution, mais bien les révolutionnaires ». « J'ai été envoyé pour détruire les royalis-
^ Letters on a régicide peace, parues dans Tautomne de 1796. Burke mourut le 9 juillet 1797.
■ Lord Malmesbury, Diaries and corresportdence, III, 269 et sqq. 592, note.
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tes », avait dit Augereau en arrivant à Paris ; maintenant qu'on lui demandait de bâillonner le parti opposé, il ne se trouva pas moins prêt. Pichegru, dont la correspondance avec d'Entraigues, trouvée à Venise, révélait les attaches avec le prétendant et rémigration, partagea le sort du républicain Gamot. Sous la pression des baïonnettes de ses grenadiers, le triumvirat Barras-Rewbell-La Reveillère arracha les décrets de déportation, qui remplacèrent désormais la guillotine par les miasmes mortels de la Guyane. Sur le coin de terre qui a vu tant souffrir, nul épisode, peut-être, ne dépasse en horreur la description des tortures pleines de raffinement infligées à ces infortunés. D'abord transportés à la côte dans des espèces de cages de fer, puis entassés, sans air ni lumière, dans des cales étroites et pestilentielles, nourris d'aliments à moitié corrompus, ils abordèrent après des souffrances inouïes à leur lieu de destination, Sinnamari, où les insectes, les exhalaisons morbides et la fièvre eurent bien vite raison de la plupart d'entre eux *. Quelques-uns seulement parvinrent à gagner FOcéan et à s'échapper.
En même temps, on procédait à une exécution en masse dans la presse de Paris, hostile dans sa grande majorité ; un trait de plume lui fit perdre quarantedeux de ses organes. D'autre part, dans quaranteneuf départements, les mandats de deux cent quatorze députés étaient annulés. On a comparé le
^ Barbé-Marbois, Journal d'un député non jugé, — Honoré Bonhomme, Coup d'Etat du 18 Fructidor^ d'après le journal inédit de La Villeurnoy, agent secret de Louis XVIII, ajouté à la Correspondance inédite de Théophile de Femig.