‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 169 sur 280 · CHAPITRE CINQUIElyffi · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIElyffi

vécu, etpar M"' de Slaêl elle-même. Emportée par l'émotion, elle poossa en effet ce cri quand, les yeux fixés sur la pendule, elle vit s'écouler les précieuses minutes qui devwent décider du sort du jeune Norvins. * Suard, condamné également à la déportation comme royaliste, s'était rendu aux sollicitations de M"* de Staël, qui l'avait invité à venir à Coppetavec sa femme ; il avait ainsi échappé à sa destinée. Necker, fidèle à sa-manière d'interpréter les choses, cherchait.à expliquer les événements non par Tincompatibilité de la théorie jacobine avec tout développement légal, mais par la combinaison défectueuse des pouvoirs constitutionnels ' ; et il puisa dans ses entretiens avec Suard l'idée de son dernier écrit politique. • Il ne retint toutefois pas longtemps celui-ci sous son toit hospitalier, qui méritait d'être' nommé, comme en 1793, un hôpital pour les blessés de tous les partis- M"* de Staël écrivait de Paris que la Suisse n'était plus un asile sûr pour les nombreux réfugiés français. Suard alors se rendit.avec sa femme à Tubingue, où il passa l'hiver de 1798 en compagnie de Narbonne, de Gerando et de Camille Jordan ; de là il se rendit k Ansbach, et ne revint à Paris que sous le Consulat ^ En mAme temps,

* Lacretelle, Dix années d'épreuves pendant la Révolution, 341. — * M. Isler, Lettres posthumes de Charles de Yillers, 283. M|^.delStaël k Villere, Coppet, 3 juin 1803.

* Necker, De la Révolution française^ X, 121, 154, 235,

' Dernières vues de politique et de finance, 1802. . * M^ Suard, Essais de mémoires sur M. Suard, 221. — Q^LTdiîr Mémoires sur Suard, II, 408-410.

M""* de Staël avait mis de l'argent à la disposition de Rœderer, qu'elle croyait également condamné à la déportation, et dans une lettre d'adieu elle lui I)arlait de l'amour de la République et des dangers encourus pour elle comme d'un lien indissoluble entre eux. * Mais Talleyrand le fit biffer de la liste des quarante-cinq journalistes condamnés, et le mit plus tard en relations avec Bonaparte, qui devait trouver en Rœdcrer un des plus souples instruments que la Révolution eût forgés pour lui. Thibaudeau, qui après le 18 Fructidor était devenu suspect et se croyait oublié de M"*^ de Staël, reçut aussi d'elle quelques semaines plus tard une lettre où elle lui disait que le malheur ne changeait pas ses sentiments. i( Je vous crois très républicain, très estimable, très courageux » , ajoutait-elle. « Je n*ai pas été de votre avis avant le 18 Fructidor, je vous l'ai dit. Je crois que vous avez commis une erreur dans votre plan de conduite, mais je suis certaine que votre but était celui de tout ce qui est honnête, le maintien de la République et la destruction du système de la terreur. Des amis négligents ne vous ont pas parlé de moi, mais j'ai constamment cherché depuis le 18 une occasion de vous rencontrer, ou un interprète de mes sentiments pour vous. Je tiens à votre estime, parce que je prise et votre caractère et vos opinions véritables, et je m'unis à vous dans cette phrase vraiment belle : Je n'approuve pas toute la vic-

* Rœderer, Œuvres, VIII, 657. M"» de Staël & Rœderep, 22 septembre 1797.

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