CHAPITRE PREMIER
après la mort ie Mirabeau, Alexandre de Lameth et Duport étaient entrés en pourparlers avec Montmoriû dans un dessein semblable. ' La manière de voir qui, en septembre 1789, déterminait l'attitude des monarchistes constitutionnels, des c< Impartiaux », comme ils se nommaient, qui, en avril 1790, avait poussé la gauche modérée, sous la conduite de Sieyi^s, à se retirer du club des Jacobins et à constituer le club de 1789, cette manière de voir s'imposait maintenant à leurs adversaires d'alors, les Lameth, Barnave et Duport. Arrivés au seuil du pouvoir, eux aussi à présent aspiraient à s'emparer de Théritage de Mirabeau et à opposer une digue à la Révolution. La cour se montrait si prévenante en apparence, que des personnalités politiques de la couleur du baron de Staël purent se flatter de l'espoir que l'époque de la réalisation de leur programme était venue. Ils se trompaient étrangement. Le roi, cette fois, était blessé à l'endroit sensible, dans sa conscience ; si, d'après le mot de M"^"^ de Staël, il avait laissé à désirer comme souverain pour la franchise, comme chrétien et comme martyr il n'était que plus sincère.' La cour en était arrivée à penser, avec les députés de la droite, que dorénavant Texcès seul de la confusion pouvait remettre les choses en état. En connaissance de cause et de propos délibéré on commit un suicide politique, en consentant à ce qu'aucun membre de l'Assemblée actuelle ne fût éligible à celle qui
* Droz, Histoire de Louis XVI, III, 373. — * Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolution française^ l, 236. » M»« de Staël, Considérations, II, 45.
devait la suivre, et en laissant ainsi le terrain libre à la première grande victoire de Robespierre. « Il ne nous restait plus qu'une grande faute à commettre x), dit Malouet, « et nous n'y manquâmes pas ». ^
Un seul homme continuait à être satisfait du cours des événements de Paris : c'était La Fayette, (c Quant à moi » y écrivait-il alors à Washington, « je suis toujours en butte aux attaques de tous les partis parce qu'ils voient en ma personne un obstacle insurmontable à leurs mauvais desseins. En même temps, ce qui semble une espèce de phénomène, c'est que ma popularité n'ait pasencore pu être ébranlée... J'étais seul à défendre la loi, et je suis parvenu à faire rentrer le flot dans les digues constitutionnelles».' L'illusion était d'autant plus complète, que même sa qualité la plus incontestée, le courage personnel, était désormais à peine appréciée. L'ambassadeur de Suède, dans ses dépêches, disait maintenant assez froidement de lui, l'homme de confiance de Necker, le héros célébré par sa fille, qu'il n'était pas à la liauteur de sa tache ; que ceux qui s'entendaient à le flatter devenaient ses maîtres ; qu'il commençait à être méprisé de tout le monde, parce que personne ne croyait plus à soti talent ni même à son honnêteté. *
Un incident qui eut lieu dans l'automne de 1793
* Malouet, Mémoires y II, 161.
« La Fayette, Mémoires, III, 175. La Fayette à Washington, 3 mai 1791.
' Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 154, n» 145 ; 161, n« 132 ; 176, n* 170.