‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 173 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME SyS · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME SyS

ment il l'a lancé. * L'anecdote suivante offre plus de vraisemblance. M""* de Staél ayant demandé à Napoléon^ le soir du 18 Brumaire, s'il était vrai qu*il n'aimait pas les femmes, il répondit qu'il aimait la sienne : mot qui fit tant de plaisir à Joséphine, qu'elle s*em- # pressa de le redire à Lucien. ' Mais ici aussi la date assignée à la conversation est nécessairement fausse. La veille au soir du coup d'Etat, en elTet, Napoléon délibérait aux Tuileries avec quelques confidents sur les événements du lendemain.

M"** de Staël, qui se livrait si volontiers à l'admi-. ratlon,ne lui refusa pas le tribut de la sienne \ Quand enfin, au bout de plusieurs années, la rupture eut lieu, il ne fut plus besoin de mobiles personnels pour l'amener. Les contrastes étaient profonds et s'expliquaient par l'essence même de leurs natures.

Un événement heureux dans l'existence de M""' de Staël fut la naissance de sa fille Albertine, le 13 octobre 1797. Elle resta sa fille unique et fut pour sa mère une source de consolation et de joie*.

Le cercle des amis s'était aussi agrandi. Ce fut une compagne des anciens jours, la fille de Montmorin, comtesse de Beaumont, qui la mit en rapports avec

' Sainte-Beuve, Talleyrand. Nouveaux Lundis^ XII, 42.

* Th. Jung, Lucien Bonaparte et ses Mémoires, (I, 234 et SdOl.

' Baron de Gerando, Lettres inédites et souvenirs Mographiqueê de ilf«« Bécamier et de lf"»« de Staël, 32 et 35. M°>« de Staël à Gerando, Coppet, mai et juillet >l80i.

^* Bonstetten, Lettres à Friderike Brun, publiées par Matthisson, H, 32. M*»* de Staël à Friderike Brun, Stockholm, 7 octobre 1812.

la jeune école littéraire rassemblée depuis 1800 autour de Chateaubriand et qui devait remplacer la littérature républicaine.

L'existence de Pauline de Beaumont présente un •tableau à peu près complet de toutes les épreuves qui peuvent être imposées à une créature humaine. Après le meurtre de son père sur le seuil de la prison de l'Abbaye, elle s'était réfugiée avec sa mère et ses frères et sœurs à Passy-sur- Yonne, où les pourvoyeurs de la guillotine s'emparèrent d'eux tous un an plus tard. Sa sœur unique était mariée au comte de La Luzerne, lequel fut empêché en 1792 de revenir d'Angleterre, où il était accrédité comme diplomate ; elle-même devint folle par suite de la surexcitation où la tenait la terreur constante de la mort. On ne la traîna pas moins à Paris, où elle mourut à la prison de Saint-Lazare la. veille du jour fixé pour son exécution. M"^' de Beaumont était si faible et dans un état si misérable, qu'on ae refusa à Femmener avec les autres. Mais comme elle se cramponnait à sa mère et demandait à mourir avec elle, on la fit monter dans la voiture qui emportait les prisonniers et on l'abandonna non loin de là sur la route. Sa mère, qui aspirait à la mort comme à une délivrance, parvint encore à sauver la parente qui leur avait offert un asile. Profitant d'un évanouissement de celle-ci, M"' de Sérilly, elle déclara devant les juges qu'elle était enceinte, et s'achemina ensuite vers Féchafaud avec le seul fils qui lui restait. Le Jeune homme, qui n'avait que vingt- deux ans, cria d'une voix retentissante, chaque fois qu'une victime était bouclée

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