‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 176 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈÏIK 38 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈÏIK 38 I

avec La Harpe, Fiévée, Michaud, Lacretelle parmi les monarchistes, avec Rœderer et Daunou parmi les républicains. Il recommandait de juger avec indulgence les adversaires, de ménager les personnes, et de respecter des convictions que rien ne peut remplacer. Une curieuse lettre à Bonaparte, du 15 août 1797, révèle en raffranchissant de tout soupçon de calcul son dévouement pour l'homme qu'il admirait dès ce tempslà. Banni au 18 Fructidor, il alla à Londres, où il retrouva Chateaubriand, lié avec lui depuis 1789. Il est à la gloire de Fontanes d'avoir reconnu le génie qui ne se laissait pas mesurer d'après ses règles. Lui, le traducteur de Pope et le disciple de Boileau, il entendit les premiers accords du romantisme dans les épisodes encore inachevés S Atala et de René, dans Les Natchez^ et « comprit une langue qu'il ne savait point parler ». * Dépourvu d'envie, il disait à ses compatriotes à Londres, en les voyant secouer la tète devant le timide et étrange Chateaubriand, qu'ils n'avaient qu'à prendre patience, que celui-là les dépasserait tous, Delille y compris. De Hambourg où il s'était rendu d'Angleterre, il écrivait à Chateaubriand que l'avenir était à lui. Fontanes rentra en France vers là fin de 1798, sans avoir achevé une épopée qui Toccupa longtemps, La Grèce sauvée. Sa place était marquée non comme poète, mais comme critique et orateur académique, dans la littérature de l'Empire. ^

* Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, II, 121.

' Voir sur Fontanes le livre de Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous VEmpire, Tétude du même dans ses Portraits littéraires, II, 207 à 305, et la

Pendant ce séjour à Hambourg il avait retrouvé son aini et compagnon d'infortune le poète Ghénedollé^un esprit fin un peu mélancolique, que les bouleverse* ments auxquels il assistait avait replié sur lui même ; celui-ci s'entendait bien avec Joubort, et au cours de son exil il goûtait infiniment moins de plaisir au feu d^ariifice de la conversation de Rivarol qu*à la tranquille majesté de la muse de Klopsiock, à laquelle il paya dans son ode de L'Invention le tribut d'un hommage fervent.

De Hambourg il se rendit en Suisse,à Genève, et reçut un accueil hospitalier à Coppet. où M"*« de Staël était retournée en janvier 1798 pour décider son père à le quitter, car le pays de Yaud était meuacé.

Depuis longtemps le Directoire nourrissait la pensée de renverser le régime aristocratique à Berne, d'enlever tout asile sûr aux adversaires de sa politique, de retnplir aux dépens des étrangers ses caisses épuisées, et de créer à la frontière française une nouvellerépubliquedémocratique. D'autres projets avaient jusqu'ici relégué celui-ci à l' arrière-pian, mais ne l'avaient pas rayé du programme jacobin. Son exécution fut résolue du moment où Bonaparte déclara impossible l'attaque contre l'Angleterre désirée par le gouvernement et tint le regard fixé sur l'expédition d'Egypte, qui avait le double avantage de l'éloigner de Paris et de l'entourer du nimbe des aventures lointaines et des projets incalculables. Mais il fallait avant

notice biographique mise en tète de son édition des (Etfvres de Fontanes, 1838, 2 vol. in-8.

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