CHAPITRE CINQUIÈME
tout pour cela Vargent suffisant, et celui-ci se trouvait dans le Trésor de Berne. Les premières hostilités furent provoquées par la situation intérieure du canton de Vaud, où Ton désirait s'émanciper du régime aristocratique et où, d'accord avec les éléments révolutionnaires de tout le reste de la Suisse, on venait en aide à Tennemi de l'indépendance nationale ; c'est le but que poursuivaient particulièrement La Harpe, résidant à Paris, et le patriote Ochs, qui s'entendaient pour cela avec le nouvel envoyé de France, Mengaud. Reconnaissant le danger de la situation, M"* de Staël et Benjamin Constant avaient, dès l'automne, ménagé la réception par Barras d'une députation de Berne, qui demanda l'extradition de La liarpe ; mais Talleyrand ne voulut pas recevoir les envoyés. Alors le parti adverse adressa au Directoire et à Bonaparte, avec plus de succès, des lettres par lesquelles il confiait à leurs soins la liberté du canton de Vaud, M™' de Staël ne tint pas pour perdue la cause légitime de Tindépendance suisse et commit une fois de plus l'erreur de croire que « les hommes étaient toujours accessibles à la vérité, si elle leur était présentée avec force ». Elle eut un long entretien avec Bonaparte et s'attacha à lui démontrer que les Vaudois étaient parfaitement libres sous tous les rapports civils, que, quand la liberté existait de fait, il ne fallait pas, pour l'obtenir de droit, s'exposer au plus grand des malheurs, celui de voir les étrangers sur son territoire, et qu'enfin il ne s'agissait pas du pays de Vaud seul, dans une guerre qui devait nécessairement compromettre Tindépendance de la Suisse en-
tière. Le général Técouta patiemment. * Avait-il oublié que le 14 novembre précédent, lors de la réception solennelle qui lui avait été faite par les Genevois» il leur avait dit qu'il souhaiterait à la France d'être entourée de cinquante républiques comme la leur? En tout cas, il objecta maintenant qu*il était impossible de priver les hommes de leurs droits politiques. > Ce mot à effet de tant de tyrannies populaires servit aussi de prologue à la servitude de la Suisse.
Avant que la ville de fieme ëùt pris unerésolution, le pays de Vaud fut occupé par des troupes françaises. « Je suis au désespoir de l'état dans lequel je trouve ce malheureux pays », écrivit M"' de Staël à Meister immédiatement après son retour de Pans. « Est-ce que vos bonnes tètes de Zurich ne peuvent pas venir à notre secours ? Je ne crois point que les troupes qui passent par Genève ayent pour but d'attaquer le pays de Yaud^ mais les brouillons se plaisent à le répandre et font aller la Révolution par la peur. Je crois ce que j'ai toujours cru, c'est que le seul but des Français est d'avoir une contribution de la Suisse... Cependant, ne tiouvez-vous pas que Ton ne répondjpas assez en Suisse aux imputations absurdes, qu'on n'envoie pas à Paris un envoyé des treize cantons, qu'enQn on s'endort comme tous les vieux gouvernements, dont les individus semblent avoir l'âge de l'institution? n,"^ Après la lamentable défaite
* L. Rilliet, Les derniers jours de la République de Genève, Revue Suisse, i857. XX, 639.
* M«« de Staël, Considérations, XIII, 206.
3 M»« de Staôl à Meister, Coppet, 22 janvier (1798.) Lettres inédites en possession de M. le D' Th. Reinhart.