‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 178 sur 280 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

des troupes fédérales, qui, se croyant trahies, massacrèrent leurs généraux, la nouveUe Constitution unitaire rédigée par Ochs fut imposée à la Suisse. Le 5 mars, Berne fut prise, le l5avrU, la République helvétique proclamée, et, le 26 août, la ville de Genève, que déchirait la haine de parti, fut incorporée à la République française et attribuée au département du Léman. L'historien de la Suisse, Jean de Mûller^ ne trouva d'autre conseil à donner, à l'heure du danger, à la patrie qull avait glorifiée, que celui de « faire la Révolution, pour n'être pas prévenue par elle » . Conseil d'une âme pusillanime, qui ne rentrait pas dans la manière de voir de M"' de Staël. Celle-ci, an contraire, demeura si fidèle à la cause des Suisses vaincus, que Ton fit courir le bruit de son expulsion. Il n'en était rien ; mais elle vivait en grand souci de son père, qui ne voulait pas abandonner Goppet ni le tombeau de sa femme : or, il était encore inscrit sur la liste des émigrés, et la loi condamnait à mort tout émigré séjournant dans un pays occupé par les troupes françaises. Necker lui-même trouva bon de prendre des mesures de sûreté et de trier avant tout ses papiers * ; c'est à cette occasion qu'il détruisit, avec d'autres correspondances, les lettres de sa fille.

Le jour de l'entrée des troupes françaises, celle-ci s'était placée avec Necker sur un balcon de sa demeure ; la domesticité curieuse était descendue au bas de l'avenue. Son cœur battait cruellement, par la crainte des dangers que pouvait courir son père. Au

i M"« de Staël, Considérations^ Vie privée de M, Necker. Œuvres, XIII, 214, et XVIII, 94.

moment où les troupes françaises approchèrent, un officier quitta ses hommes et monta au château. Cet officier était Suchet, le futur maréchal de France et duc d'Albuféra; il était chargé parle Directoire d*offrir une sauvegarde à Necker. Celui-ci qui, par la réunion de Genève, se trouvait citoyen français, fit demander par sa fille au Directoire sa radiation de la liste des émigrés. En même temps le gouvernement reconnut la dette des deux millions laissés par Necker en dépôt au Trésor et s'offrit à la payer en biens du clergé ; Necker refusa, « non qu'il prétendit adopter la couleur de ceux qui considèrent la vente de ces biens comme illégitime », ainsi que le dit sa fille, « mais parce que, dans aucune ciconstance, il n'avait voulu réunir ses opinions à ses intérêts, afin qu'il ne put exister le moindre doute sur sa parfaite impartialité i>. Un pareil refus était d'autant plus méritoire, que la Révolution effectuée en Suisse amena une notable diminution de ses revenus et compromit même sur tous les points ses intérêts matériels.

C'est ce moment que choisit le baron de Staël, en dépit des représentations pressantes de Necker, pour se séparer de sa femme ; c'était dans Tété de 1798. On peut supposer, comme elle le soupçonnait ellemême, qu'il agit ainsi par la crainte où il était de mettre en péril sa situation officielle, vu la défiance dans laquelle le Directoire tenait sa femme. * Depuis quelques mois, en effet, les vicissitudes de la polili-

* Correspondance de M™^ de Slaèl avec Nils de Roansieint en possession de la bibliothèque de rUniversité d'Upsal, lettre du 1" mai 1802.

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