CHAPITRE CINQUIÈME
que suédoise avaient de nouveau ramené Staël à Paris c<Hnme ambassadeur de Gustave-Adolphe IV, et en avril Talleyrand l'avait présenté une fois encore en audience solennelle au Directoire, en lui adressant de flatteuses paroles analogues à celles qu'il avait entendues, deux ans auparavant, de la bouche de Boissy d'Anglas.
Ses relations domestiques n'étaient pas de nature à faire regretter beaucoup à M°** de Staël une séparation complète. Hais sa conviction intime que rien, dans la destinée d'une femme, ne peut combler le vide qu'elle-même ne cessa jamais de déplorer^ s'exprima d'une autre manière.
L'idéal de Delphine, le rêve de Corinne, lobjet d'un chapitre célèbre du livre De l'Allemagne^ c'est le bonheur dans le mariage.
ce II y a dans un mariage malheureux », est-il dit dans le chapitre en question, « une force de douleur qui dépasse toutes les autres peines de ce monde. L'âme entière d'une femme repose sur l'attachement conjugal : lutter seule contre le sort, s'avancer vers le cercueil sans qu'un ami vous soutienne, sans qu'un ami vous regrette, c'est un isolement dont les déserts de l'Arabie ne donnent qu'une faible idée ; et quand tout le trésor de vos jeunes années a été donné en vain, quand vous n'espérez plus pour la fin de la vie le reflet de ces premiers rayons, quand le crépuscule n'a plus rien qui rappelle l'aurore et qu'il est pâle et décoloré comme un spectre livide, avant-coureur de la nuit, votre cœui se révolte, il vous semble qu'on vous a privée des dons de Dieu sur la terre ». Et avec
388 MADAMB DE STABL ET SON TEMPS
la noble sincérité qui ne cherche pas dans la supériorité 4e l'esprit un motif d'excuse pour les faiblesses du cœur, M"' de Staël avoue qu' « il vaut encore mieux, pour maintenir quelque chose de sacré sur la terre, qu'il y ait dans le mariage une esclave que deux esprits forts »• Plus tard l'élève deKant ajoutera que la preuve de ùoblesse de la nature humaine, c'est le devoir. . •