CHAPITRE PREMIER
fat roccasioD d'un mot de M"* de Staël sur lui, mot qui ne tarda pas à circuler dans Paris. Le fils du maréchal de Castries s'était battu en duel avec Charles de Lameth, et l'avait blessé. Le peuple, dont celui-ci était alors l'idole, crut au bruit qui se répandit que l'arme était empoisonnée. On demanda à Lameth de démentir publiquement cette imputation ; mais il répondit que cela déplairait au peuple, et il ne le fit point. * Par suite de ce refus, l'hôtel de Castries fut assiégé et pillé : quand tout eut été détruit^ La Fayette et Bailly apparurent. « Ces deux messieurs ont honoré de leur présence le pillage de mon hôtel », avait coutume d'observer la duchesse de Castnes quand elle parlsdt de l'événement. <r Ces messieurs sont comme l'arc-en-ciel, ils arrivent toujours après Forage », (lit de son côté M™* de Staël.
Depuis ce jour, La Fayette tint tète plus d'une fois, au péril de sa vie, au soulèvement et à la révolte ; msds le favori de la garde nationale était désonnais l'ami de Danton, le brasseur Santerre; Paris ne s'enthousiasmait plus pour Bailly, mais pour son successeur, Pétion ; Robespierre menait les Jacobins, et dans l'Assemblée nationale Maury resta uni avec lui , pour délivrer des constitutionnels la droite monarchique.
Ce fut ainsi qu'on arriva à la matinée du 21 juin et que se répandit une nouvelle que tout le monde à peu près attendait^ — la fuite de la famille royale.
L'exécution du projet avait été tenue si secrète^
^ La Fayette, Mémoires, III, 54.
que Hontmorin lui-même n'en était pas informé. C'est Fersen, on le sait, qui conduisit de la rue de TEchelle à Bondy la voiture royale et fut envoyé de là par le roi vers son frère,Monsieur, qui la même nuit avait réussi à gagner Bruxelles. La destinée qui, à Yarennes, attendait le monarque et les siens« s'est depuis lors emparée avec une puissance irrésistible de l'imagination des hommes. Mais l'évocation du passé sous la plume de Carlyle et la rhétorique brillante de Lamartine pâlissent devant la réalité de la douleur avec laquelle la reine, après le retour de Varennes, écrivait à Fersen : « J'existe... que j'ai été inquiète de vous et que je vous plains de tout ce que vous souffrez de n'avoir point de nos nouvelles I Le ciel permettra que celle-ci vous arrive. Ne m'écrivez pas, ce serait nous exposer, et surtout ne revenez pas ici sous aucun prétexte. On sait que c'est vous qui nous avez sortis d'ici ; tout serait perdu si vous paraissiez. Nous sommes gardés à vue jour et nuit, cela m'est égal... Soyez tranquille, il ne m' arrivera rien. L'Assemblée veut nous traiter avec douceur... Adieu... Je ne pourrai plus vous écrire... » *.
Fersen répondit à la reine: « Staël dit des horreurs de moi ; il a même débauché mon cocher et Ta pris à son service, ce qui m'a fait de la peine. Il a séduit beaucoup de monde contre moi, qui blâment ma conduite et qui disent que je ne me suis conduit que par ambition, et que je vous ai perdue et le roi... Ils ont raison : j'avais l'ambition de vous servir, et j'aurai
*■ Klinckowstrom, Le comte de Fersen et la cour de France j I, 152, 202.