CHAPITRE SIXIÈME Bgi
auteur avait rompu toute relation avec ce gouverne^ ment. Eu octobre 1797 il avait été question, sur la proposition de Talleyrand, de l'adjoindre à Bonaparte dans l'organisation de l'Italie affranchie, à la place de Sieyès, qui n'avait pas accepté ; mais le retour du général victorieux fit échouer ce projet *. Quand ensuite, après la réunion de Genève à la France, les habitants de cette ville songèrent à l'envoyer comme député au conseil des Cinq-Cents, Topposition personnelle de Barras empêcha son élection. * Benjamin Constant s'était brouillé avec les puissants du jour, sans avoir réussi pour cela à devenir plus po« pulaire dans le camp de l'opposition ; seulement, les antipathies qu'il avait éveillées ne s'adressaient plus à lui seul.
Au printemps de 1798, M"' de Staël revint en France pour mettre ordre aux affaires de son père ; une des premières personnes qui la revirent fut Pauline de Beaumont, qui quitta sa solitude pour aller la visiter au château d'Ormesson. L'amitié des deux femmes l'une pour l'autre était toujours la même et devait rester telle. Bien des années plus tard, un jour qu'il était question, dans le salon de Coppet, de la fidélité des femmes en matière d'amitié, M""^ de Staël interrompit la discussion pour dire qu'elle avait rencontré le caractère le plus noble et le plus reconnaissant, le dévouement le plus chaleureux, non chez un homme, mais chez la fille de Montmorin,
* Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, I, 408. ' Qaulliear, Etudes sur VhisUire littéraire de la Suisse française^ 304.
disparue depuis longtemps de cette terre. U n'y eut qu'un sacrifice que M""* de Beaumont ne voulut pas faire à son amie : celui de sa violente antipathie contre Benjamin Constant. Du château d'Ormesson elle écrivait à Joubert que la société au milieu de laquelle vivait M"* de Staël usait son esprit sans profit pour elle-même, sans satisfaction pour les autres ; qu'elle voyait avec chagrin son amie suivre une voie qui n'était pas celle du bonheur. Cela, ajoutait-elle, a donné à son esprit une direction fausse, tandis que son cœur est toujours pareillement noble et grand, et cela à un point incomparable. M""* de Beaumont en appelait en même temps à Timpression tout à fait semblable de la veuve de François de Pange. ^ « Quiconque chante pouilles à Benjamin Constant », répondait Joubert charmé, « semble prendre une peine et se donner un soin dont j'étais chargé. Je me sens soulagé d'autant. Je crois donc vous devoir de la reconnaissance, à M""^ de Beaumont et à vous : à elle de tout le mal qu'elle m'en dit, et à vous. Madame, de celui que vous en pensez » . Deux mois après cette explosion de colère, Joubert s'adresse en ces termes àM*"* de Beaumont : a II n'y a que Benjamin Constant qui ne m'amuse pas. J'en ai parlé tout de travers. J'en ai dit non pas trop de mal ; mais d'autre mal que celui qu'il fallait en dire. J'en suis fâché ; car, si je le battais jamais^ je voudrais que le coup portât et l'ajustât comme un habit.« Je ne sais «, répondait M"'^' de Beaumont, « si c'est une manière
^ Bardoux, Madame de Beaumont, 259-260.