CHAPITRE SIXIÈME Sgy
ses par lesquelles la misérable administration du Directoire avait pu se défendre jusque-là contre les at- 'taques de ses ennemis à l'intérieur, et sous l'impression de l'indignation devenue universelle s'accomplirent les élections de 1799. En dépit de toute la pression exercée, elles se terjpinèrent par une défaite pour le gouvernement, qui, au lieu de rencontrer, comme en 1797, l'opposition des modérés, se trouva en face d'une majorité jacobine qu'aucune concession ne pouvait réconcilier et à laquelle rien ne faisait contre-poids, depuis que le gouvernement lui-même avait chassé de l'arène tous les autres partis politiques. La mauvaise chance voulut de plus que le plus énergique de ses membres, Rewbell, fût atteint par le sort et Sieyës choisi à sa place. Le choix de celuici fut imputé à l'influence de la cour de Prusse, auprès de laquelle Sieyès avait représenté quelque temps la République et que conseillait en cette circonstance le duc de Brunswick. * Sieyès ne cachait pas le profond mépris qull ressentait pour ses collègues et pensait plus que jamais à trouver non seulement une nouvelle Constitution, mais aussi un nouveau guide pour la machine de l'Etat sortie hors de ses gonds. Talleyrand partageait absolument cette manière de voir. 11 û' avait éprouvé aucun scrupule à rester ministre de la propagande révolutionnaire du "Directoire aprèd le 18 Fructidor ; mais, depuis, des motifs personnels l'avaient engagé à donner enQn sa démission.
1 Gobiec, Mémoires^ 206-207.
3g8 MADAME DE STABL BT SON TEMPS
Au cours des négociations avec lord Malmesbury, des agents subalternes, à Lille aussi bien qu'à Londres, avaient donné à entendre que des indemnités accordées à Barras et à Talleyrand ne faciliteraient pas peu la marche des affaires. Mais, sous prétexte et peut-être aussi dans la croyance où il était que ces agents agissaient sans pouvoirs, Pitt n'avait tenu aucun compte de ces propositions, et Talleyrand trouva d'autres moyens de se tirer d'affaire. Non seulement il prit,suivant l'usage de ce temps-là, ce dont il avait besoin ; mais il donnait aux autres et racontait plus tard à M'°'' de Rémusat comment il avait prèle cent mille francs à Bonaparte à la veille de Texpédition d'Egypte. * Peu auparavant, des députés des Etats-Unis étant venus à Paris pour se plaindre de violations de la neutralité de la part du gouvernement français, des amis personnels du ministre des affaires étrangères, Montrondy. Saint-Foix, André d'Arbelles et en particulier le banquier hambourgeois Bellamy, leur donnèrent à entendre que, pour apaiser la colère du Directoire, il ne fallait pas épargner l'argent. Les membres de la mission ne se trouvaient pas, comme Pitt, obligés au silence ; des feuilles américaines la chose passa dans la presse anglaise; Talleyrand, contraint à se justifier, désavoua ses agents, dont l'un, Bellamy, déclara de nouveau publiquement qu'il n'avait agi que par ses ordres, * Il
* M«« de Rémusat, Mémoires, \, 109.
* Michaud, Biograpkie univendle, article Talleyrand, et Histoire de Talleyrand, 44 et sqq.