‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 186 sur 280 · CHAPITRE SIXIEME 4OI · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME 4OI

(lidature de princes étrangers, à des généraux victorieux, Joubert, Moreau, Bernadette, que Sieyës sonda en les avertissant qu'il aurait besoin d'une épée. De ces intrigues et de ces complots, rien ne transpira dans le public, sinon le vague pressentiment que quelque chose de décisif se préparait. Tous, en effet, sentaient que, dans sa forme actuelle, la Révolution s'était usée^ qu'aucun de ses chefs ne se fiait plus à l'autre, que toutes les promesses avaient été mensongères, que toutes les ressources étaient épuisées, et que le droit du plus fort seul survivait à toutes les constitutions et aux codes auxquels on avait prouiis une éternelle ^urée et dont on avait attendu les bienfaits les plus magnifiques. jf kVi milieu d'un tel abaissement, alors qu'on pratiquait en plein jour ce qu'en temps ordinaire les hommes cherchent à se cacher à eux-mêmes et que la honte n'était plus nomiliée par son nom, en face du déchaînement de tous les instincts de Tégoïsm e brutal, de la vengeance et de la cruauté, de la cupidité et du dévergondage, le dogme de la philosophie révolutionnaire relatif à la bonté originelle de la nature humaine ne pouvait plus sembler aux trompeurs qu'une sanglante ironie, à leurs dupes qu'une raillerie amère. La haute justice exercée contre la monarchie et les classes dominantes avait frappé les personnes, mais les crimes et les erreurs qu'on leur reprochait leur avaient survécu. Ceux-ci avaient passé, avec toutes les autres tentations du pouvoir, aux petits tyrans de la rue> aux élus de la faveur populaire, qui, encore inconnus hier et destinés à être

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oubliés demain, abaissaient à une vile cabale la puissance qu'ils ne savaient pas employer^ se faisaient payer comptant leur influence et se protégeaient contre le mépris général par la terreur que répandait leur nom. Un tel système, représenté par Fouché et Barras, mettait bien autre chose encore en question que le bonheur ou le malheur d'une gêné-* ration. Si en effet il est vrai de dire que le progrès social est subordonné au progrès individuel, si la prospérité ou la ruine de la communauté dépend de la valeur morale des membres qui la composent, et si, enfin, il n'y a pas de régénération dts nations sans régénération des caractèçes,il est certain quela France de 1799 était gravement atteinte. De jour en jour croissait le nombre de ceux qui étaient prêts à dire, avec Joseph de Maistre, que a la Révolution française avait été le mal, sans mélange de bien », ou à demander, avec Lally-ToUendal, qu'on lui montrât un seul homme qui y eût gagné quelque chose. Les plus fidèles de ses adhérents furent assaillis du doute qui, à la veille de la Terreur, avait attristé les derniers jours de Georges Forster, et qu'il exprimait en ces termes dans une lettre à Jean de Millier : « A-t-on le droit, dans ces étranges conjonctures, d'avoir encore une opinion ? A-t-on le droit de croire encore à la liberté, et, ce qui en dit plus que la liberté politique, à la liberté morale ?... Le mieux est toujours de s'attacher à la vérité et d'avouer franchement ceci : on en était arrivé au point de simagmer que même à ce prix extravagant on achetait encore à bon marché la liberté ; prenez garde de ne

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