‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 187 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME 4o

pas en arriver là, vous aussi, car Talteroative est terrible ». Et il ajoute, considérant le problème du côté philosophique : v Tous les êtres ont une âme raisonnable, une perfectibilité morale. Ces dons me rendent sacré le plus pauvre paysan. Le perfectionnement moral est notre destination ». ^

En ce sens avant tout, et en ce qu'elle avait voulu être — une réforme — la Révolution avait échoué. Le découragement général donnait à craindre que le problème du progrès, qu'elle avait posé, mais non résolu, fût sinon abandonné, du moins ajourné à une période indétinie.

Tant de crimes avaient été commis au nom de la liberté, que la tentation de rendre celle-ci responsable de ces crimes devint de plus en plus forte. En un pareil moment, M""* de Staèl trouva le courage de rappeler à ses contemporains qu'après comme avant ils avaient des obligations envers les choses idéales qu'aucune expérience avortée, aucune faute humaine ne pouvaient parvenir à obscurcir ; qu'ils avaient eu raison de renoncer à Tarbitraire et de vouloir la liberté, que tous les maux soufferts pour elle n'avaient pas été souQerts en vain. Les peuples peuvent périr, mais l'humanité atteint, par dessus eux, au but qui lui est assigné. Sa marche à travers l'histoire est une marche ascendante. Nulle interruption, eût-elle duré des siècles, nul écart du droit chemin n'empêchent le progrès de l'espèce, qui n'est pas déterminé

* * Maurer-Con&tant, Œuvres complètes de Jean de Mûller, supplément, VI, 3H. Georges Forster à Jean de Mûller, Mayence, 10 septembre 1792.

par les circonstaoœs extérieures, mais par les faits intellectuels. Les individus viennent et disparaissent, lesi'lées restent, et le trésor de la sagesse humaine s'enrichit des expériences des générations, des découvertes du génie, des conquêtes de la science. L'esprit serait un don prodigué en pure perte, s'il n'excitait pas constamment les hommes à de nouveaux efforts, afm de devancer l'époque dans laquelle ils vivent. Vouloir condamner la pensée à revenir en arrière, c*est là un procédé impossible, qui détruirait l'espérance et ferait survivre à sa place le remords. La tâche consiste plutôt à pressentir et à préparer, en littérature et en philosophie, un avenir meilleur, jusqu'à ce qu'une sagesse plus raùre parvienne à le fonder dans les institutions.

Tel est le point de départ du livre De la Littérature *. Son auteur résolut, dans le court espace de deux années, la tâche énorme de démontrer le système de la perfectibilité dans l'histoire intellectuelle de l'Europe depuis Homère jusqu'à la Révolution française et d'examiner le contre-coup des institutions républicaines sur la production littéraire.

Il est arrivé à la premîë^fe partie du livre, de beaucoup la plus étendue, ce qui arrive à toutes les expositions de ce genre, qui partent de prémisses déterminées. Elle n'envisageait pas les faits objectivement et ne pouvait en fournir la preuve, par cette raison d'abord que celle-ci était en dehors du cadre

* Voici le litre complet do l'ouvrage : De la Littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales^ tome IV des Œuvres complètes.

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