‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 188 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

qui lui était assigné. Ce n'était pas à l'histoire de la littérature, quand bien même M"* de Staël eût été préparée à récrire, mais à la philosophie de l'histoire, qu'il appartenait de décider si l'humanité était soumise à la loi du développement, si les générations ne se succédaient pas inutilement l'une à l'autre, et si l'univers marchait d'un pas constant et sûr vers un idéal de raison, de liberté çt de moralité. C'était l'idée favorite du dix-huitième siècle, telle que Turgot l'avait exposée en 1731 avec une sagesse virile et pleine de modération, Jean-Jacques Rousseau élevée à la hauteur d'une doctrine, jusqu'à ce que Condorcet,dans son enthousiasme confus pour les généralités, vii>t l'abaisser à l'état d'impossible chimère^ Un siècle auparavant, un profond^Jenseur de l'esprit duquel rien n'était plus éloigné que l'optimisme de la génération antérieure à la Révolution, avait dit de ridée du progrès : « Toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours, et qui apprend continuellement : d'où Ton voit avec combien d^injustice nous respectons Tantiquité... Ceux que nous appelons anciens étoient véritablement nouveaux en toutes choses et formoient Tenfance des hommes proprement ; et, comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles q^ui les ont suivis, c'est en nous que Ton peut troifver cette antiquité que nous révérons dans les^autres ». *

Ce qui sépare Pascal de ces philosophes, c'est que son idée du progrès n'est pas opposée, mais indisso-

^ Biaise Pascal, Pensées.

lublement unie au précepte qui indique à l'humanité

comme le but qu'elle doit toujours poursuivre sans

pouvoir jamais l'atteindre, « d'être parfait comme le

p^jp. r.<&1pqtP. figrparfait»^

/ Quand M™* de Staël écrivit le livre De la Littérature^

I elle subissait en plein à ce point de vue l'influence de

/ son époque. Dans l'effort des esprits vers la civilisa-

I tion générale comme but de l'histoire, le christianisme

l lui semblait un facteur indispensable pour le rappro-

\chement entre le Nord et les peuples méridionaux.

Par lui, lëSiTàlîonTcorrompues du Midi ont étécoÏÏr^

/ bées sous le joug du devoir, du dévouement et de la

/ foi. Son penchant à la mélancolie, son respect des

/ souvenirs, son culte des morts, répondaient aux ins-

1 '^tincts des peuples du Nord ; leurs vertus naturelles,

l la vérité, la chasteté, la fidélité à la parole donnée,

Vifee trouvèrent consacrées par des lois divines. Désor-

Trnàis le faible put menacer le tort, et les premières

/ lueurs de l'égaliié devant la justice percèrent les té-

j nèbres. Le christianisme, s'il n'a pas détruit l'escla-

I Tagé,à, du moins, préparé sa destruction ; il a fondé

/ la famille, éveillé la pitié. Le dernier mot de l'Evan-

/ gile bien compris, sans mélange d'erreur et de fana-

V^tisme, c'est la charité universelle. A quoi il fautajou-

"teFqïïe les controverses théologiques ont préparé les

facultés intellectuelles à T étude des sciences exac-

, les et que la plus grande conquête de l'esprit humain

est d'avoir échangé les hypothèses et les systèmes

contre la démonstration mathématique et la méthode

purement scientifique. ' De son point de vue, un des

» M«« de sud, De la LiUérature. Œuvres, IV, ISdetsqq.

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