CHAPITRE SIXIEME 4O
Nord. Elle fut impitoyablement prise à parti à ce sujet par la même critique qui ne trouvsdt rien à redire ; de ce que son livre fût muet sur les poètes espagnols / et mentionnât à peine le Dante. Lors de la publication f du livre paradoxal du jésuite Bettinelli contre l'auteur de la Divine Comédie, Voltaire avait écrit à celui-ci qu'il appréciait le courage avec lequel il avait déclaré que le Dante était un fou, son poème une œuvre extravagante qu'on gardait comme curiosité dans les bibliothèques, mais que personne ne lisait. ' Ceci se passait en 1761. Presque un demi-siècle plus tard, l'auteur ' du Génie du Christianisme se méprenait absolument sur le plus grand des poètes chrétiens.
Par rapport aux littérafiires àhgTâîsë^ et allemande, au contraire, le livre de M"** de Staël ouvrit au public français des horizons tout nouveaux. L'auteur avait été préparée dès sa jeunesse, et dans la maison pa- ^ ternelle,à la mission spéciale d^ rapprocher des mondes intellectuels jusque-là jépaxés.
iu dix-huitième siècle, Voltaire avait été le premier à faire connaître Shakespeare à ses compatriotes.
Lors de son séjour en Angleterre, la représentation de quelques-unes de ses pièces^ particulièrement de Jules César, avait fait sûr Voltaire une si grande impression, que, retourné en France, il écrivit en 1730 sa tragédie de Brutus, fortement influencée par la pièce qui vient d'être nommée ; il la fit suivre deJuies César et de Zaïre^ pour laquelle il emprunta des motifs d'Othello et où il introduisit des innovations, ~~ " ~~ ■- — ♦
* Saverio Betlinelli, Lettres virgiliennes.
sans renoncer pour cela aux traditions essentielles du drame classique. Plus encore que la résistance à laquelle vint se heurter sa tentative pourtant assez timide de réforme du théâtre français, l'enthousiasme pour Shakespeare, qu'il avait suscité mais qu'il jugea bientôt exagéré, le poussa à limiter le thème de ses tragédies à des sujets tirés de l'histoire nationale, — j^ésolution qui avait bien sa valeur.
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peare, La Place, célébrait en lui le plus grand poète dramatique de tous les temps, * Voltaire insérait dans la préface de Sémiramis, en 1748, cette trop fameuse critique à'Hamlet, où il retombait dans tous les préjugés de la dramaturgie française et abandonnait à Lessing le soin de frayer des voies nouvelles à Tart dramatique. Comme Goethe et Schiller s* élevant contre la glorification de l'hellénisme. Voltaire aurait pu répondre aux enthousiastes de Shakespeare par cette épigramme :
« Amis, gardez-vous bien de proclamer tout haut la vérité profonde et hardie : car aussitôt vous la verrez renversée et placée sur la tête ».
Mais, comme le disait Goethe adolescent, « Voltsdre n'a pu faire aucun tort à Shakespeare, car jamais un esprit inférieur ne viendra à bout d'un plus grand » . ■
On continua pendant un temps,en France, à apprécier Shakespeare. Diderot l'admirait ; Grimm le dé-
* Théâtre anglais, 8 volumes, Paris, 4745-1748.
* * M. Bernays, Le jeune Gœlhe, I, 56. Gœthe à (H»er, Francfort, 14 février 1769.