CHAPITRE SIXIÈME 4l
Nord sur celle du Midi, du^rieux sur la raillerie, du génie non pas sur le goût, mais sur les règles de la vie réelle et débordante, avec ses alternatives de bien et de mal, de faiblesse et de vertu, de vulgarité et de grandeur,sur les créations irréprochables, mais froides, de Tart classique, basées sur des règles arrêtées à ravanceJ^Ce n'est pas que Tintimité de M""' de / StaêlavecTes littératures étrangères fût bien étroite, / rinteliigence qu'elle en avait, suffisante. Son admiration pour Hamlet est atténuée parla remarque que la I pièce renferme « les fautes de goût les plus révoltan- I tes », et même son instinct de divination ne lui fait \ pas apercevoir ce fait décisif pour elle, que Shaks- \ peare a créé dansce type merveilleux le premier caractère moderne, non seulement de la scène, mais de ^rt en général. Nathan le Sage était écrit depuis vingTans^TLëssing était mort, Gœthe revenu depuis longtemps d'Italie, Faust à Tétat de fragment, 7orqtiato Tasso et Iphigénie composés, Wilhelm Metster achevé et Schiller au faîte de sa puissance créatrice, quand M""' de Staël, encore à la période werthérienne, nommait l'histoire du Saint-Preux d'outre- Rhin « le livre par excellence que possèdent les Allemands 5>, et ne mentionnait pas même la Dramaturgie de Hambourg^ qui lui aurait offert toute prête la théorie dont elle avait besoin. ' / Maïs son incontestable mérite, c'est d'avoir deviné 4t indiqué dans ces Allemands dont le démembrement
* M»» de Staël, belo, Littérature, Œuvres, IV, 270, 202. « M»« de Staël, De la Littérature, Œuvres, IV, 345.
national et le manque de maturité politique excitaient la pitié de leurs oppresseurs français, le peuple qui, sous l'empire de la pensée et du devoir, se préparait à la liberté et était digne d'elle. « Si par quelques malheurs invincibles », écrit-elle, «< la France était un our destinée à perdre pour jamais tout espob* de liberté, c'est en Allemagne que se concentrerait le foyer des lumières, et c'est dans son sein que s'établiraient? à une époque quelconque, les principes de la philohie politique. Nos guerres avec les Anglais ont dû lesrendre enlieinis de tout ce qui rappelle la France, mais une impartialité plus équitable dirigerait les opinions des Allemands. Ils s'entendent mieux que nous à l'amélioration du sort des hommes, ils perfectionnent les lumières, ils préparent la conviction ; et nous, c'est par la violence que nous avons tout essayé, tout entrepris, tout manqué. Nous n'avons fondé que des haines, et les amis de la liberté marchent au milieu de la nation, la tête baissée, rougissant des crimes des uns et calomniés parles préjugés des autresj)). Elle ; avait promis de se tenir en dehors de la politique ; j mais l'idée s'impose à elle que, comme après la chute / de l'empire romain, maintenant aussi, après la Ré- I volution française, il y avait eu une invasion de la barbarie, non du dehors, mais du dedans. De même qu'autrefois le christianisme avait dompté les barbares du Nord, ainsi une philosophie éclairéa devait dompter la démocratie victorieuse, qui, beaucoup moins civilisée que ceux qu'elle avait vaincus, s'était
^ 'M»e de Staël, De la Littérature, Œuvres, IV, 362.