CHAPITRE SIXIÈME 4l
^élevée sur les ruines d'une dvitj^atioD trop rafflnée> Des institutions pouvelles doivent être pénétrées d'un
/esprit nouveau; ce qui dans la vie a réclamé ses
/ droits ne peut être exclu plus longtemps de la littérature. Cette pensée donne à la seconde partie du livre de M"' de Staël la valeur d'un manifeste. L'auteur laisse indécise la question de savoir si la liberté et l'égalité seront possibles en France, si elles y seront durables ; mais elle est fermement convaincue que la littérature doit être mise en accord avec les doctrines politiques régnantes./
bous la monarcKêi^ dit-elle, une aristocratie privilégiée veillait sur la langue et le goût, sur le ton et les formes de la société. C'était encore une règle pour Voltaire de donner aux personnages des drames français l'attitude qu'il convenait de garder en présence du roi et de la cour. La tragédie ne connaissait que les princes et les héros ; quant aux bourgeois et ux paysans, Jls étaient du domaine de la comédie, / L'éloquence, bornée à la chaire et au discours aca-
/ démique, ne servait que rarement, dans les assemblées parlementaires, à l'échange libre des opinions et à la critique. Quiconque écrivait des livres n'avait en vue qu'un public choisi, qui voulait être non seulement instruit, mais amusé, ne supportait rien d'obscur, fixait la formule du goût et ne se tenait jamais dédommagé de la forme par le fond. Ainsi naquit le style classique au service de l'esprit classique, la prose incomparable qui se forma au temps de l'éclat de la monarchie et sous son influence et fut plus durable qu'elle, jusqu'à ce qu'une civilisa-
tion devenue artiûcîelle souffrit de l'excès de son raffinement, que l'originalité fût étouffée par l«s systèmes, que les caractères fussent remplacés par de simples types qui, mis en mouvement d'après des règles invariables, se repétaient avec une fatigante monotonie. On réussit à écarter la grossièreté et la trivialité, mais non pas la corruption subtile et la raillerie dissolvante qui n'épargnait pas les
\ choses les plus saintes et porta une si mortelle at-
\ teinte au respect, que l'on vit s'ouvrir entre le passé \ et le présent l'abîme qui a enseveli Thistoire eten-
>A;]outi la tradition.
La llllérafurê~^republicaine, toujours d'après M"*" de
/ Staël, n'aura pas de grands progrès à enr^istrer. L'invasion d'éléments populaires a fait pénétrer dans la langue, les mœurs et les sentiments, un courant exprimé par le mot tout nouveau de « vulgarité » . L'idée d'égalité est inflniment plus favorable à une
SOiédiocrité jalouse qu'au Jalent^La tyrannie du ridi-
(cule neTpèse plus sur celui qui s'insurge contre les convenances sociales, mais la Révolution a en échange donné naissance au cynisme fier et prétentieux ^es moeurs répubîicaînës~devrbnt, dans toutes ler clr- ; constances de la vie, se passer de l'élégance, de TMna- ;' bilité et de la finesse accomplies qui prêtaient à la ' société aristocratique un charme si irrésistible ; mais I la morale gagnera à un changement politique qui j n'estime que les qualités personnelles et dans lequel t les didérences de rang ne préserveront plus du mé- 4)ris mérité. Dans la vie comme dans l'art doivent . régner désormais la simplicité et la dignité. Une société républicaine n'a plus de place pour la raillerie ;