‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 194 sur 280 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

on n'écrirait plus Candide dans un monde qui repose sur Testirae réciproque. Le haut comique seul subsistera, celui du Tartuffe^ bien moins gai que mélancolique, parce qu'il met en scène « la méchanceté naturelle à l'homme » . ' Aveu curieux dans la bouche de rélève de Rousseau, — d'autant plus curieux qu'il est tout à fait involontaire et détruit inconsciemment tout son système^

Hais ce que cette littérature républicaine perd en gaieté et en perfection de la forme, elle le regagne par une psychologie infiniment plus développée, par le contact immédiat avec la réalijté. De même que le but suprême de la tragédie est non seulement d'é-^^^ branler Tàrae, mais en même temps de raffermir et \ de relever, ainsi le théâtre et la littérature, l'élo- \ quence et la politique, la science et la philosophie, |

Venvisageroîît à l'avenir l'intérêt de la morale comme >/ Igur^tâche par excellence. En effet, « qu'est-ce que j l'homme Vil se soumet à suivre les passions des / hommes, s'il ne recherche pas la vérité pour ellei même, s'il ne marche pas toujours vers les hauteurs • des pensées et des sentiments ? Il faut à toutes les carrières un avenir lumineux vers lequel Tâme-^ s'élance ; il faut aux guerriers la gloire, aux pen- y seurs la liberté, aux honames sensibles un Dieu ■» . r ' Telestie tésumé de ce livre curieux, qui vint à la fois trop tôt et trop tard.

Trop tard, car les institutions politiques qu'il donnait pour base à la future littérature républi-

* M"»« de Staël, De la Littérature. Œuvres. IV, 486. 3 M«« de Staël, De la Littérature, Œuvres. IV, 542.

caine étaient déjà condamnées lorsqu'il parut, et contre l'esprit du dix-huitième siècle se préparait une réar.tion qui ne se renfermait plus dans les bornes

Trop tôt, parce que son auteur, quoique empri- / sonné lui-même encore dans les préjugés de la tra- / diiion classique, exprimait au sujet du développe- / ment des beaux-arts et en particulier de la poésie ! dramatique, des idées que les représentants de la { littérature républicaine rejetèrent comme des innoj valions dangereuses. 11 était réservé à l'école ro- ; mantique de 1 830 de reprendre et de mener à bonne \ fin le combat engagé par Peaumarchais et Mercier, *v.Diclerot et M"« de Staël.

Au cours de ses enquêtes, ce livre De la Littérature avait éveillé tant d'idées et abordé tant de ri- , vages intellectuels différents, qu'il allait à peu près / de soi que beaucoup de ces idées fussent plutôt indiquées qu'approfondies. On reprocha à ce travail le manque de sévère méthode ainsi qlie de plan d'ensemble, et ses développements parurent trop subtils \ pour être complètement vrais. /

TeTTe est Ta crîfîquë-que les "amis de M"" de Staël mêlèrent à leurs sérieux éloges. DaunouTexprimadans le Conservateur à sa façon distinguée et réservée ; * Ginguené, ancien secrétaire de la maison Necker, et le docteur Roussel, de Monlpellier, dans la /)/cade philosophique : le premier y mit beaucoup de chaleur. Claude Fauriel consacra également à ce li-

^ Tdiilaadier, Documents biographiques sur Daunou. M»"» de Staël à Daunou, 1800.

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